Une ancienne enquête menée par la commission d’éthique de la FIFA sur Gianni Infantino refait surface. Selon une enquête publiée par le quotidien britannique The Telegraph, plusieurs hauts responsables de l’instance avaient officiellement signalé des faits concernant le nouveau président quelques mois seulement après son élection en février 2016.
Le rapport, présenté comme n’ayant jamais été intégralement rendu public auparavant, revient notamment sur des voyages en jets privés, des dépenses personnelles présumées, des questions liées à la rémunération du président et certaines nominations au sein de son entourage.
Ces révélations interviennent alors que le mandat d’Infantino à la tête de la FIFA continue de faire l’objet de critiques sur sa gouvernance.
Des plaintes déposées quelques mois après son élection
Gianni Infantino avait été élu président de la FIFA le 26 février 2016, dans le contexte particulièrement sensible de l’après-Sepp Blatter.
Quelques mois plus tard, en juin, plusieurs responsables de l’organisation auraient déposé des plaintes officielles concernant son comportement.
L’enquête avait alors été confiée à Vanessa Allard, qui dirigeait à l’époque les enquêteurs de la FIFA.
Après plusieurs semaines d’investigations, celle-ci avait conclu à l’absence de manquement éthique concernant les sept griefs examinés.
Mais les documents aujourd’hui rapportés par The Telegraph permettent de mesurer l’ampleur des interrogations qui entouraient alors le nouveau patron du football mondial.
Plusieurs voyages en jets privés au cœur du dossier
Une partie importante de l’enquête concernait les déplacements d’Infantino.
Quatre des sept griefs examinés portaient sur cinq voyages en jets privés, dont certains avaient été mis à disposition dans le cadre de déplacements impliquant la Russie, le Qatar ou encore l’UEFA.
En avril 2016, Infantino et plusieurs collaborateurs auraient notamment voyagé à bord d’un appareil utilisé par Vitali Moutko, alors président de la Fédération russe de football.
Un autre avion privé, appartenant à une filiale de Gazprom, aurait ensuite été utilisé pour permettre à Infantino de rejoindre Doha après un retard lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine.
Au Qatar, un nouveau retard aurait conduit les autorités locales à mettre un autre appareil à sa disposition afin qu’il puisse rentrer à Genève à temps pour une réunion.
Malgré ces éléments, l’enquête de 2016 n’avait finalement retenu aucun manquement éthique concernant ces déplacements.
Le voyage à Rome et la rencontre avec le pape
Un autre épisode avait également attiré l’attention des enquêteurs : le déplacement d’Infantino à Rome après la finale de la Ligue des champions 2016 à Milan.
Le président de la FIFA avait voyagé avec son épouse et sa mère à bord d’un jet privé appartenant à un homme d’affaires russe.
Infantino avait expliqué aux enquêteurs que ce déplacement constituait notamment un cadeau destiné à sa mère.
À Rome, il avait rencontré le pape François et lui avait offert un maillot ainsi qu’une médaille de vainqueur de la Ligue des champions.
L’intéressé avait cependant présenté la visite comme étant de nature privée alors qu’elle était initialement liée à son statut de président de la FIFA.
Vanessa Allard l’avait néanmoins innocenté d’un manquement éthique, tout en relevant que le mélange entre les dimensions officielle et privée de la visite pouvait soulever des interrogations sur son intégrité.
Des dépenses personnelles également examinées
L’enquête s’était aussi intéressée à certaines dépenses effectuées avec des fonds de la FIFA.
Parmi les dépenses citées figuraient notamment six paires de chaussures de football, pour une valeur de 942 livres sterling, ainsi qu’un smoking destiné à un événement de l’IFAB, évalué à 1 415 francs suisses.
Les enquêteurs avaient également examiné le système d’allocation mensuelle destiné aux hauts responsables de la FIFA.
Là encore, les éléments examinés n’avaient pas conduit la commission d’éthique à retenir un manquement contre Infantino.
Une rémunération jugée « humiliante »
La question du contrat et du salaire du président avait également alimenté les tensions.
Selon les éléments rapportés par The Telegraph, Infantino avait refusé de signer le contrat qui lui avait été proposé et aurait qualifié la rémunération annuelle envisagée de « humiliante ».
À l’époque, le montant proposé était nettement inférieur à la rémunération que percevait son prédécesseur Sepp Blatter.
Le refus de signer le contrat avait également contribué aux tensions entre Infantino et Domenico Scala, alors président de la commission d’audit et de conformité de la FIFA.
Scala avait démissionné en mai 2016 après une modification de la gouvernance de l’organisation qui renforçait le pouvoir du Conseil de la FIFA sur les commissions.
Des interrogations sur les nominations
Les nominations de plusieurs proches d’Infantino avaient également été examinées.
Le Telegraph rapporte notamment que les ressources humaines de la FIFA avaient estimé que certaines rémunérations proposées à des membres de son entourage étaient supérieures aux niveaux habituellement pratiqués et ne correspondaient pas au plan de recrutement prévu.
La commission d’éthique avait toutefois considéré qu’il s’agissait essentiellement d’une question de conformité administrative et non d’un problème éthique imputable directement au président.
Une enquête qui n’avait finalement pas sanctionné Infantino
Au terme de son investigation, Vanessa Allard avait donc innocenté Gianni Infantino des sept griefs examinés.
Il est important de le rappeler : les révélations actuelles portent sur les plaintes et les éléments examinés en 2016, et non sur une nouvelle condamnation ou une nouvelle décision disciplinaire visant le président de la FIFA.
Le dossier prend toutefois une nouvelle dimension à la lumière des informations rapportées aujourd’hui, notamment parce que plusieurs des responsables ayant témoigné ou déposé des plaintes ont ensuite quitté la FIFA.
Notre regard
Cette affaire pose surtout une question sur la gouvernance de la FIFA au moment où Gianni Infantino venait de prendre les commandes de l’organisation.
L’enquête de 2016 avait conclu à l’absence de manquement éthique, mais les éléments désormais rapportés par The Telegraph montrent que le début de son règne avait été marqué par de fortes tensions internes et plusieurs interrogations sur ses pratiques.
Près d’une décennie plus tard, ces révélations pourraient surtout alimenter le débat sur la manière dont Infantino a progressivement consolidé son pouvoir à la tête du football mondial.
