La première sentence est tombée dans l’affaire de la tentative de coup d’État au Bénin survenue le 7 décembre 2025. Pour rappel, des soldats béninois commandés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri avaient annoncé à la télévision nationale la destitution du président Patrice Talon. Quelques heures plus tard, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, est apparu à son tour sur la même chaîne pour annoncer l’échec du coup d’État. Le putsch avait duré moins d’une journée. Trois mois après, c’est devant les tribunaux que l’affaire se prolonge.
Le 24 mars 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) a reconnu le journaliste Pascal Mitowadé coupable d’apologie de crime contre la sûreté de l’État, d’incitation à la haine via internet et d’incitation à la rébellion. La peine prononcée est de cinq ans de prison ferme assortie d’une amende de 10 millions de francs CFA. Mitowadé travaillait pour le quotidien privé La Tribune de la capitale.
Les faits reprochés tiennent à un message publié sur les réseaux sociaux le jour même de la tentative de putsch. Selon un proche du journaliste joint par l’AFP, Mitowadé relatait dans ce texte ce qu’il avait vu à l’écran : des militaires annonçant une prise de pouvoir. Le journaliste a soutenu devant la Cour qu’il avait partagé ces informations par crainte pour sa sécurité personnelle, après avoir reçu des menaces. La Criet a néanmoins retenu que le message constituait un soutien à la déstabilisation de l’ordre constitutionnel.
Mitowadé n’est pas le seul à avoir comparu. Des ex-ministres, un ex-député de l’opposition, Soumaïla Boké, un policier et un élu local ont également défilé devant la juridiction pour des faits similaires. La Criet est connue pour les lourdes condamnations qu’elle a prononcées dans le passé contre des personnalités influentes, dont l’ex-garde des sceaux Reckya Madougou, condamnée à vingt ans de prison pour financement du terrorisme en 2021.
Le journaliste disposait d’un délai de quinze jours pour faire appel. Son entourage indiquait qu’il avait demandé la clémence du tribunal, sans antécédents judiciaires ni lien avec les services de sécurité. Selon Jeune Afrique, le dossier du putsch du 7 décembre 2025 représente une part importante des affaires en cours devant la Criet, aux côtés des dossiers liés aux groupes armés dans le nord du pays.
Le contexte politique alourdit l’atmosphère. Au moment de la tentative de coup d’État, Patrice Talon devait quitter ses fonctions lors de l’élection présidentielle prévue en avril 2026, après deux mandats. Son successeur désigné, le ministre des Finances Romuald Wadagni, fait figure de favori pour ce scrutin. Les élections législatives de janvier 2026 ont vu les partis alliés au pouvoir remporter la totalité des 109 sièges du Parlement. Dans ce climat, la condamnation de Pascal Mitowadé constitue la première peine ferme prononcée contre un civil dans le volet pénal de l’affaire du 7 décembre.
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