Le gouvernement burkinabè a adopté plusieurs mesures majeures lors du Conseil des ministres du jeudi 22 octobre 2026 à Ouagadougou. Au programme : une initiative d’électrification de 6 700 localités, la mobilisation de plus de 67 milliards de FCFA pour les ménages vulnérables, la création d’une société viticole nationale et des investissements dans les infrastructures sanitaires et urbaines.
Le Conseil des ministres du Burkina Faso, présidé par le capitaine Ibrahim Traoré, a examiné plusieurs dossiers relatifs au développement économique, à la souveraineté énergétique, à la protection sociale et à la modernisation des services publics.
Parmi les principales décisions annoncées figurent la création de l’Initiative présidentielle Énergie pour tous FASO WA-FULU, l’approbation de projets de financement en faveur des populations vulnérables, ainsi que la création de la Société viticole du Burkina (SOVIB).
La réunion a également été marquée par des décisions concernant la gestion des ressources en eau, la numérisation de l’état civil, la construction de logements et le renforcement des équipements sanitaires.
FASO WA-FULU : 6 700 localités visées par le programme d’électrification
L’une des principales décisions du Conseil des ministres concerne la création de l’Initiative présidentielle Énergie pour tous FASO WA-FULU. Adoptée par décret, cette initiative vise à améliorer les conditions de vie des populations grâce à un accès universel et durable à l’électricité.
L’expression « FASO WA-FULU », qui signifie « lumière » en langue san selon le communiqué officiel, s’inscrit dans le programme « Souveraineté énergétique » du Plan RELANCE.
Le gouvernement a défini plusieurs résultats attendus pour cette initiative, notamment :
L’électrification de 6 700 nouvelles localités ;
L’accès aux services énergétiques pour 3,5 millions de ménages et entreprises supplémentaires, soit environ 17,9 millions de personnes ;
L’opérationnalisation de 44 Brigades d’électrification (BRIGEL) ;
Le recrutement de 1 208 agents ;
La construction de 29 980 kilomètres de lignes à haute tension de type HTA et de 28 940 kilomètres de lignes basse tension (BT) ;
La réhabilitation de 14 470 kilomètres de lignes HTA et de 14 470 kilomètres de lignes BT.
Le programme repose sur quatre composantes : les Brigades d’électrification, l’inclusion communautaire, l’accessibilité aux services énergétiques et le renforcement de la souveraineté énergétique.
Ces chiffres correspondent aux objectifs annoncés par le gouvernement. Le communiqué ne précise pas le calendrier détaillé de réalisation de chaque composante.
Plus de 67 milliards de FCFA pour les ménages pauvres et vulnérables
Le Conseil des ministres a également approuvé la ratification du financement du Projet d’autonomisation économique des ménages pauvres et vulnérables pour la résilience et la protection sociale adaptative (PARPS).
Ce financement de l’Association internationale de développement (IDA), composée d’un accord de crédit et d’un accord de don, s’élève à 120 millions de dollars, soit 67 222 473 360 FCFA.
Prévu pour une durée de cinq ans, le projet doit contribuer à renforcer l’accès des ménages pauvres et vulnérables aux opportunités économiques et à améliorer le système de protection sociale adaptative.
Les résultats attendus comprennent notamment :
L’organisation de 120 000 ménages pauvres et vulnérables en coopératives communautaires ;
La mise en place de 4 800 coopératives communautaires ;
La création de 1 200 unités économiques locales destinées à soutenir les activités de production et de transformation ;
L’acquisition de véhicules et de camions pour les besoins logistiques ;
La construction de magasins de stockage et d’entrepôts modernes.
Le projet doit être mis en œuvre sur l’ensemble du territoire national, avec une priorité accordée aux régions des Koulsé, de Yaadga, du Nakambé, de Nando, des Bankui et du Sourou, en tenant compte du déploiement progressif du Registre social unique.
Le Burkina Faso crée une société viticole pour produire du vin localement
Dans le domaine industriel, le gouvernement a adopté un décret portant création de la Société viticole du Burkina, dénommée SOVIB.
Selon le communiqué du Conseil des ministres, le pays importe la quasi-totalité du vin et des spiritueux consommés par la population, alors qu’il dispose d’un potentiel agricole et d’un savoir-faire viticole.
La nouvelle société d’économie mixte à participation publique majoritaire vise à développer la production locale de vin et à contribuer aux objectifs nationaux d’industrialisation et de souveraineté économique.
Son capital initial est fixé à un milliard de FCFA, réparti comme suit :
45 % pour l’État burkinabè ;
10 % pour BRAFASO ;
45 % pour le secteur privé burkinabè.
La création de la SOVIB constitue ainsi une nouvelle initiative industrielle annoncée par les autorités. Le communiqué ne fournit toutefois pas de calendrier de démarrage de la production ni de prévisions chiffrées concernant les emplois qui pourraient être créés.
Près de 28,5 milliards de FCFA pour renforcer les équipements sanitaires
Le secteur de la santé figure également parmi les bénéficiaires des décisions prises lors de cette réunion gouvernementale.
Le Conseil a adopté un rapport portant sur plusieurs projets spécifiques dont le coût global est estimé à 28 495 167 924 FCFA TTC. Le financement est assuré par le budget de l’État pour l’exercice 2026.
Les investissements prévus concernent notamment :
L’équipement du futur Centre de haut niveau en neurochirurgie de Tengandogo ;
L’acquisition d’équipements supplémentaires pour le Centre hospitalier universitaire de Pala ;
L’approvisionnement du cyclotron en intrants ;
L’acquisition de matériels destinés à la chirurgie vitréorétinienne ;
La mise en place d’une plateforme de cytogénétique au profit du CHU de Bogodogo ;
Le renforcement des capacités de stockage et de la logistique de la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (CAMEG).
Ces projets doivent contribuer à renforcer les capacités techniques des structures sanitaires concernées et à améliorer la disponibilité des équipements et des consommables médicaux.
Logements et infrastructures : plusieurs projets immobiliers annoncés
Le gouvernement a également examiné plusieurs projets d’aménagement urbain et immobilier à Ouagadougou et à Gaoua.
Le projet Silmiougou prévoit 372 appartements et 32 boutiques
Situé à Bassinko, dans l’arrondissement 8 de Ouagadougou, le projet Silmiougou prévoit la construction d’une cité résidentielle et commerciale sur un terrain de 72 000 m².
Le programme comprend 25 bâtiments principaux de type R+3, destinés au logement et aux activités commerciales, pour un total de 372 appartements et 32 boutiques.
Son coût global est estimé à 20 348 299 404 FCFA TTC. Le financement sera assuré par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), sur ses ressources propres, au cours de deux exercices budgétaires à partir de 2026.
Des aménagements prévus autour de la Rocade Nord et de la RN2
Le Conseil a examiné des projets de développement immobilier portés par la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR).
Ces projets concernent notamment des bandes de 70 mètres de largeur de part et d’autre de l’emprise de la Rocade Nord, dans l’arrondissement 4 de Ouagadougou, ainsi que des sections de la route nationale n°2 dans les arrondissements 8 et 9.
Les décrets adoptés visent à déclarer ces projets d’utilité publique urgente afin de permettre la mobilisation des emprises nécessaires à leur réalisation.
La quatrième phase du projet d’assainissement de Ouagadougou
Le gouvernement a également retenu la quatrième phase du Projet de renforcement du réseau d’assainissement des eaux pluviales de Ouagadougou (PRAVO).
Cette phase prévoit notamment la réalisation du Barrage n°4 de Ouagadougou, sur une emprise foncière d’environ 1 053 hectares, ainsi que le développement du pôle métropolitain intégré Kadiogo-Massili, qui couvrira 300 hectares.
Le projet vise à améliorer la gestion des eaux pluviales dans la capitale et à accompagner le développement urbain autour du barrage.
À Gaoua, un autre projet porte sur la réalisation d’infrastructures marchandes à la cité TONKAR, sur une superficie de 8 375 m².
État civil numérique : vers des actes délivrés en ligne
La modernisation de l’administration constitue un autre volet des décisions gouvernementales.
Le Conseil a examiné un projet de décret relatif au traitement informatisé des données de l’état civil, à la mise en œuvre d’un identifiant à l’état civil et à l’interopérabilité du système national avec d’autres systèmes administratifs.
Le dispositif doit permettre l’enregistrement systématique des faits d’état civil, réduire les déclarations tardives et sécuriser les registres grâce à l’archivage électronique.
Il prévoit également la délivrance des actes en ligne. L’identifiant à l’état civil doit contribuer à renforcer la fiabilité des documents et à limiter les risques de fraude.
L’interopérabilité du système doit, pour sa part, faciliter les échanges d’informations entre les administrations et les institutions publiques.
Gestion de l’eau : des procédures d’autorisation révisées
Deux décrets ont été adoptés dans le domaine des ressources en eau afin d’actualiser les règles encadrant les installations, les ouvrages, les travaux et les activités susceptibles d’affecter cette ressource.
Les textes prennent en compte l’évolution des usages de l’eau et l’apparition de nouvelles activités, notamment aquatiques et subaquatiques.
Ils prévoient également une révision des procédures administratives, avec une clarification et une réduction des délais de traitement des demandes d’autorisation.
Parmi les changements annoncés figurent la possibilité de régulariser certaines installations, certains ouvrages, travaux et activités réalisés avant l’entrée en vigueur des textes, dans un délai de 12 mois.
L’objectif est de renforcer la protection des ressources hydriques tout en simplifiant les démarches pour les usagers.
Finances publiques : davantage de transparence dans la gestion des fonds
Le Conseil des ministres a adopté un décret portant réorganisation des régies de recettes et des régies d’avances de l’État et des autres organismes publics.
Cette réforme vise à renforcer la transparence, la responsabilité et la sécurisation des fonds publics.
Les principales innovations concernent la suppression des régies d’avances à caractère spécifique, la simplification de la mise à disposition des avances, l’accélération de la nomination des régisseurs et l’obligation d’arrêter les opérations comptables et de reverser les reliquats des avances inutilisées au plus tard le 31 décembre.
Le texte clarifie également les rôles respectifs de l’ordonnateur, du régisseur et du comptable public.
Par ailleurs, le gouvernement a marqué son accord pour transmettre à l’Assemblée législative du Peuple un projet de loi autorisant la ratification, par voie d’ordonnances, des accords et conventions de financement conclus avec les partenaires techniques et financiers au titre de l’année 2027.
Conseil des ministres : plusieurs nominations dans l’administration publique
La réunion du 22 octobre 2026 a également donné lieu à des nominations à des postes de responsabilité dans plusieurs ministères et organismes publics.
Parmi les nominations annoncées figurent :
Cheick Oumar Zouré, nommé directeur général de l’Institut de formation agropastorale du Burkina Faso (IFAP-BF) ;
Ange Loïc Dao, nommé directeur de l’Agropole du Liptako-Gourma ;
Aminata Zoungo, nommée responsable du programme « Pilotage et soutien », cumulativement avec ses fonctions de directrice générale des études et des statistiques sectorielles au ministère de l’Économie et des Finances ;
Bakounissouon Somé, nommé directeur général des études et des statistiques sectorielles au ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques.
Des nominations ont également été prononcées dans les ministères chargés des Affaires étrangères, de la Justice, de l’Industrie, de l’Enseignement secondaire, de l’Enseignement supérieur et des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi.
Le Conseil a par ailleurs procédé à la nomination de plusieurs administrateurs et présidents de conseils d’administration d’organismes publics et de sociétés, notamment BIOTHIC INDUSTRIE SA, la Grande imprimerie du Faso et FASO SANYA.
Ce qu’il faut retenir du Conseil des ministres du 22 octobre 2026
Les décisions annoncées couvrent plusieurs secteurs stratégiques du Burkina Faso : l’accès à l’électricité, la protection sociale, l’industrialisation, la santé, l’urbanisme et la modernisation de l’administration.
L’initiative FASO WA-FULU se distingue par ses objectifs d’électrification et de recrutement, tandis que le PARPS prévoit un financement de plus de 67 milliards de FCFA pour soutenir l’autonomisation économique des ménages vulnérables.
La création de la SOVIB marque, quant à elle, une volonté affichée de développer la production locale de vin. Les investissements sanitaires et les projets urbains complètent les principales annonces de cette réunion.
La concrétisation de ces mesures dépendra de leur mise en œuvre, des financements mobilisés et du respect des calendriers qui seront éventuellement précisés par les autorités.
Source : Compte rendu officiel du Conseil des ministres du Burkina Faso, n° 30, tenu le jeudi 22 octobre 2026 à Ouagadougou. Porte-parole du gouvernement : Mathias Traoré.
