Soixante-dix jours après son retour sur le banc du Real Madrid, José Mourinho connaît déjà sa première zone de turbulences. Malgré une victoire importante contre l’Inter Milan en Ligue des champions (2-1), les sifflets du Santiago-Bernabéu traduisent les doutes qui commencent à entourer le projet du technicien portugais. En cause : un jeu encore irrégulier, une équipe qui peine à imposer sa structure et des fragilités défensives qui rappellent les problèmes des dernières saisons.
Le retour de José Mourinho à Madrid devait incarner un changement de cycle. Après deux saisons sans titre majeur, le Real Madrid avait choisi de confier les clés de son équipe au technicien portugais, recruté à Benfica Lisbonne avec une mission claire : redonner du caractère à une formation qui avait progressivement perdu ses repères.
Mais après 70 jours, la fameuse période de grâce semble déjà terminée.
La victoire contre l’Inter Milan aurait pourtant dû offrir un peu de sérénité au Special One. Elle a surtout mis en lumière les difficultés persistantes du Real. Quelques jours après la défaite concédée sur la pelouse du Betis Séville (0-1), les Merengue ont souffert pour venir à bout des Italiens (2-1), au point de voir une partie du public madrilène manifester son mécontentement.
Un Real Madrid encore difficile à identifier
Le problème dépasse les résultats.
Ce qui inquiète surtout, c’est l’impression que le Real Madrid n’a pas encore trouvé son identité. L’équipe peut produire des séquences intéressantes, mais elle reste trop souvent coupée en plusieurs blocs. Le pressing manque de coordination, les espaces entre les lignes sont exploitables et le trio offensif peine encore à fonctionner avec suffisamment de fluidité.
Sur TNT Sports, l’ancien milieu madrilène Steve McManaman a livré un constat particulièrement sévère.
« C’est tellement facile de jouer contre le Real Madrid. »
Selon l’ancien international anglais, les Merengue ne mettent pas suffisamment de pression sur leurs adversaires, ce qui leur permet de trouver rapidement des joueurs libres dans les espaces.
Une analyse d’autant plus inquiétante que l’Inter Milan aurait pu faire beaucoup plus mal au Real sans un Thibaut Courtois encore déterminant dans les buts.
Mourinho ne peut plus se cacher derrière le temps
José Mourinho dispose évidemment d’une circonstance atténuante : son équipe est encore en construction.
Le Portugais a récupéré un groupe qu’il doit transformer tout en intégrant ses propres principes. Mais cette période d’adaptation ne peut pas tout expliquer. Le Real Madrid est justement le genre de club où le temps est une denrée rare.
Mourinho le sait mieux que personne.
Le technicien portugais a d’ailleurs préféré mettre en avant les aspects positifs de la rencontre contre l’Inter, notamment le pressing de Federico Valverde à l’origine du deuxième but madrilène. Une manière de souligner les progrès de son équipe plutôt que de s’attarder sur ses difficultés.
Mais les questions demeurent : pourquoi le Real laisse-t-il autant d’espaces ? Pourquoi le pressing collectif manque-t-il encore de cohérence ? Et surtout, pourquoi l’équipe donne-t-elle régulièrement l’impression de subir alors qu’elle possède autant de qualités individuelles ?
Ces interrogations relèvent directement du travail de l’entraîneur.
Même Mourinho n’a pas encore réglé les vieux problèmes
C’est probablement le point le plus préoccupant pour les supporters.
Mourinho avait été rappelé précisément pour apporter ce que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à installer durablement : une structure, une discipline collective et une véritable identité.
Or, après plus de deux mois, certaines failles restent visibles.
L’ancien défenseur central du FC Barcelone Samuel Umtiti estime même que le Real pourrait connaître une saison particulièrement compliquée.
« Il n’y a aucune solidité, peu importe le secteur de jeu. Il n’y a pas de structure, pas de cadre. »
Le constat est brutal, mais il pose la bonne question : Mourinho est-il réellement en train de transformer le Real Madrid ou tente-t-il simplement de rendre plus compétitive une équipe qui conserve les mêmes défauts structurels ?
La victoire contre l’Inter ne doit pas masquer l’essentiel
Le Real Madrid a gagné. Et en Ligue des champions, cela reste évidemment le plus important.
Mais toutes les victoires ne racontent pas la même histoire.
Celle contre l’Inter montre une équipe capable de résister, de profiter de ses temps forts et de trouver les ressources nécessaires pour faire la différence. Elle montre aussi une formation qui peut encore être mise en difficulté trop facilement.
C’est précisément là que se situe le défi de Mourinho.
Le Portugais ne doit pas seulement rendre le Real Madrid plus efficace. Il doit le rendre plus cohérent.
Car avec un effectif aussi riche, les individualités finiront toujours par sauver certains matchs. Le véritable indicateur du travail de Mourinho sera sa capacité à faire en sorte que le collectif ne dépende plus systématiquement d’un exploit individuel, d’un arrêt de Courtois ou d’un éclair de génie offensif.
Notre analyse : le premier avertissement de l’ère Mourinho
Les sifflets du Bernabéu ne constituent pas encore une crise. Après seulement 70 jours, il serait prématuré de tirer des conclusions définitives sur le travail de Mourinho.
Mais ils constituent un avertissement.
Le public madrilène peut accepter une équipe en construction. Il peut même accepter des résultats imparfaits. Ce qu’il accepte beaucoup moins, c’est de ne pas reconnaître son équipe sur le terrain.
Mourinho possède justement l’expérience nécessaire pour comprendre cette exigence. Son défi n’est donc pas simplement de gagner. Il doit rapidement donner au Real Madrid une identité suffisamment claire pour que les victoires cessent d’apparaître comme des opérations de survie.
La victoire contre l’Inter lui offre du temps.
Les sifflets, eux, lui indiquent déjà qu’il n’en a peut-être pas beaucoup.
