Mali : le pays réhabilite un site menacé par les djihadistes

Mali : le pays réhabilite un site menacé par les djihadistes

Crédits photo : UNESCO

Le 17 avril 2026, à Gao, les autorités du Mali ont officiellement clôturé les travaux de restauration du Tombeau des Askia. La cérémonie s’est ouverte sur un appel solennel à l’engagement collectif : « La sauvegarde de notre patrimoine est une responsabilité collective, surtout pour les jeunes générations. » Pour le maire de la ville, ce site constitue « une source de fierté », ancrée dans l’histoire des communautés de la région.

Construit en 1495 sous le règne d’Askia Mohamed, ce monument en banco représente un exemple remarquable de l’architecture soudano-sahélienne. La communauté locale participe depuis des siècles à son entretien, en recourant à des méthodes telles que le crépissage. Le site comprend une pyramide à degrés de dix-sept mètres, une mosquée réservée aux hommes et un second bâtiment, plus récent, destiné à la prière des femmes. L’ensemble couvre une superficie de plus de quatre hectares en plein cœur de Gao.

L’Unesco a classé ce monument au patrimoine mondial en 2004. Huit ans plus tard, la situation a radicalement changé. L’occupation de Gao par des groupes armés, en 2012 et 2013, a eu de lourdes conséquences sur le site. Le changement climatique, notamment l’intensification des précipitations, a aggravé sa vulnérabilité structurelle. Ces deux facteurs combinés ont conduit l’Unesco à inscrire le tombeau sur sa Liste du patrimoine mondial en péril, en juin 2012.

Pourtant, la population de Gao a protégé le monument lors des attaques jihadistes. Alors que les mausolées de Tombouctou étaient détruits, les habitants ont empêché le tombeau d’Askia Mohamed d’être touché. Ce geste a contribué à préserver ce que les experts considèrent comme l’un des derniers témoins de la puissance de l’Empire Songhaï.

Le chantier a mobilisé des architectes spécialisés dans les constructions en terre ainsi que des artisans maçons locaux, afin de respecter les techniques traditionnelles. Les équipes ont consolidé les piliers, allégé la pression du banco sur le toit, renouvelé les charpentes et renforcé l’ensemble de la structure. Par ailleurs, une pépinière a été créée à proximité pour assurer un approvisionnement durable en hasu, l’essence locale traditionnellement utilisée dans ce type de construction.

Le projet a été financé par la Fondation ALIPH — Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit — à hauteur de 500 000 dollars, soit environ 300 millions de francs CFA. Le ministère malien de la Culture en a assuré la conduite, avec l’appui de l’Unesco. Ali Daou, chargé de programme à l’Unesco, a qualifié ces travaux de « première intervention d’une telle envergure sur le tombeau en cinq siècles ».

Représentant le ministre Mamou Daffé lors de la cérémonie de clôture, le conseiller technique Mamadou Cissé a indiqué que cette restauration constitue une avancée dans les efforts visant à retirer le monument de la liste du patrimoine mondial en péril. Une décision formelle de l’Unesco reste attendue. Mais, après des années de menaces armées, de pluies torrentielles et de dégradation silencieuse, le tombeau d’Askia tient encore debout au Mali.

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