La chanteuse Tyla face au retour de bâton de la politique anti-africaine de l’Afrique du Sud

La chanteuse Tyla face au retour de bâton de la politique anti-africaine de l'Afrique du Sud

La tournée mondiale de Tyla ne passera finalement pas par le Nigeria. La chanteuse sud-africaine a retiré Lagos de la liste des étapes de son « APOP World Tour ». Cette décision intervient après plusieurs appels au boycott lancés par des internautes nigérians. Aucune explication officielle n’a pour l’instant été donnée par l’artiste ou son équipe.

Le contexte explique cette absence de commentaire. Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud connaît une recrudescence de violences xénophobes visant des étrangers. Les autorités affirment qu’au moins quatre ressortissants étrangers ont été tués dans ces attaques. Le pays, confronté à un chômage supérieur à 30 %, reste depuis longtemps une destination pour les travailleurs africains. Beaucoup y vivent en situation régulière ou sans papiers.

Ces violences ont provoqué une onde de choc diplomatique. Le Nigeria et le Ghana comptent parmi les gouvernements les plus critiques envers Pretoria. Une rencontre tendue a récemment réuni de hauts responsables des deux pays. Elle s’est tenue au ministère nigérian des Affaires étrangères. Dans ce climat, une pétition en ligne a circulé parmi les internautes nigérians. Elle réclamait l’interdiction d’entrée de Tyla au Nigeria, tant que durent les attaques xénophobes. Le texte a rapidement rassemblé des milliers de signatures.

Des figures publiques nigérianes ont amplifié cette mobilisation. Certaines ont exigé l’annulation pure et simple du concert. D’autres ont averti les organisateurs des risques d’une telle programmation. À l’inverse, des voix nigérianes ont pris la défense de la chanteuse. Elles estiment qu’un artiste ne saurait porter la responsabilité des actes de son gouvernement. Ce débat traverse aujourd’hui une partie de l’opinion publique nigériane.

Au-delà de la question diplomatique, une critique plus personnelle vise Tyla. Certains fans lui reprochent son silence face à ces violences. Révélée mondialement avec le titre « Water », l’artiste dispose d’une large audience. Beaucoup estiment qu’elle aurait pu s’exprimer publiquement sur ces attaques. Pour l’heure, ni elle ni son équipe n’ont réagi à ces attentes.

Le retrait de Lagos n’interrompt pas pour autant la tournée. Tyla maintient ses concerts prévus à Paris et à New York. Elle se produira également au Cap, en Afrique du Sud. L’étape nigériane devait initialement se tenir en décembre. Elle coïncidait avec les festivités locales du « Detty December ». Cette période attire chaque année de nombreux artistes internationaux à Lagos.

L’ampleur du phénomène migratoire éclaire aussi cette controverse. Plus de 160 000 personnes ont quitté l’Afrique du Sud depuis fin mai. Ce chiffre provient d’un décompte réalisé par l’Agence France-Presse. Parmi elles, environ 1 500 ressortissants nigérians ont été rapatriés. Plusieurs gouvernements africains ont organisé ces opérations de retour. Cette situation traduit l’ampleur de la crise sécuritaire actuelle.

Pour les jeunes fans africains, l’affaire dépasse le simple calendrier d’une tournée. Elle interroge la place des artistes dans les crises politiques régionales. Doit-on exiger d’une célébrité qu’elle prenne position publiquement ? Faut-il, au contraire, dissocier l’art des tensions entre États ? Ces questions animent aujourd’hui les réseaux sociaux ouest-africains. Elles concernent directement une génération connectée, sensible aux enjeux panafricains.

Voir aussi : Togo / CEET : de nouvelles coupures annoncées jusqu’au 6 août