LÉgypte chiffre à plus de 8,5 milliards d’euros par an le coût de son accueil des réfugiés en provenance de l’Europe. Le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi affirme héberger plus de dix millions de migrants et réfugiés sur son territoire. Face à cette charge, les autorités égyptiennes estiment que les engagements financiers de l’Union européenne restent bien en deçà des besoins réels.
Les deux parties disposent de leviers de pression réciproques : l’Europe a besoin de l’Égypte pour contenir les flux irréguliers en Méditerranée, tandis que Le Caire attend des ressources pour gérer une crise dont le coût annuel dépasse 8,5 milliards d’euros, selon des experts. Ce rapport de force s’est progressivement modifié au profit du Caire. Andrew Geddes, directeur du Migration Policy Centre au Centre Robert Schuman, observe que le levier de l’Égypte s’est considérablement renforcé à mesure que les gouvernements européens font face à des pressions intérieures pour limiter l’immigration irrégulière, selon Euronews.
L’intensité du défi s’est accrue avec le conflit au Soudan, qui a ajouté une nouvelle vague de déplacés à une population déjà composée de Syriens, de Palestiniens et d’autres migrants de la région. Les ressources du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU se sont, par ailleurs, effondrées dans ce contexte. Le financement disponible par réfugié en Égypte est passé d’environ 9,40 euros mensuels en 2022 à moins de 3,40 euros en 2025. Le HCR a indiqué qu’en avril 2026, seulement environ 2 % des fonds nécessaires à son programme d’aide en Égypte pour l’année avaient été sécurisés.
En 2024, Bruxelles et Le Caire ont porté leurs relations au rang de partenariat stratégique global. L’Union européenne a annoncé un paquet financier de 7,4 milliards d’euros pour la période 2024-2027, comprenant 5 milliards d’euros de prêts concessionnels, 1,8 milliard d’euros d’investissements supplémentaires et 600 millions d’euros de subventions, dont 200 millions réservés à la gestion des migrations. Ce montant dédié aux migrations est jugé insuffisant par les autorités égyptiennes au regard des charges qu’elles invoquent.
Le partenariat soulève des objections au Parlement européen. L’eurodéputée écologiste Tineke Strik, rapporteure sur la dimension externe de la politique migratoire de l’UE, a estimé que la coopération avec le régime al-Sissi produirait davantage de violences contre les migrants, davantage de répression et davantage de dissidents contraints à fuir. Des organisations de défense des droits humains partagent ces réserves. Elles dénoncent l’absence de garanties sur la protection des demandeurs d’asile et sur les conditions de traitement des personnes interceptées.
Au fond, le différend porte moins sur la réalité du partenariat que sur son équilibre. Pour Bruxelles, l’Égypte représente un pilier de stabilisation au sud de la Méditerranée. Pour Le Caire, la coopération migratoire constitue un argument politique, au moment où le pays affronte une situation économique difficile. Pour Geddes, la migration est désormais un pilier structurant de la relation UE-Égypte, qui « a façonné les paquets financiers, les engagements politiques et les liens diplomatiques qui y sont associés ». Cette configuration expose l’Union européenne à la critique de déléguer une partie de sa politique migratoire à un État tiers, sans mécanismes d’accountability suffisants.
Voir aussi : RECRUTEMENT à l’ONG humanitaire ACTED – Agence de Coopération Technique et de Développement (22 Mai 2026)
