Visa, Mastercard : voici pourquoi les paiements en ligne sont suspendus pour les billets d’avion en Afrique de l’Ouest

Visa Mastercard billets d'avion

Crédits photo : Walletto

Un message d’alerte s’affichait depuis le 2 janvier sur le site d’Air Côte d’Ivoire concernant le paiement des billets d’avion par Visa ou Mastercard.

Les clients tentant d’acheter un billet en ligne découvrent cette notification selon nos confrères de Jeune Afrique : « Suite à la décision n° 31 GIM-Uemoa relative à la compensation des transactions électroniques des établissements de l’Union économique et monétaire ouest africaine, les activités d’e-commerce sont momentanément suspendues. »

Plusieurs compagnies aériennes de la zone UEMOA affichent des messages similaires.

Ce qui révèle un conflit de fond entre les régulateurs ouest-africains et les géants américains du paiement électronique. La décision numéro 31 du Groupement interbancaire monétique de l’UEMOA impose désormais que toute transaction passant par Visa ou Mastercard transite également par GIM-Switch, la plateforme régionale de compensation. Un double passage qui complique le processus technique et provoque la suspension des paiements en ligne.

Le GIM-UEMOA a été créé en 2003 par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et les établissements bancaires régionaux. L’organisme fédère aujourd’hui plus de 130 banques et institutions financières dans huit pays.

Sa plateforme GIM-Switch assure l’interopérabilité des transactions électroniques sur le marché régional : routage, compensation, gestion des impayés. Enfin, un système qui fonctionne déjà pour les retraits aux distributeurs automatiques avec un coût plafonné à 500 francs CFA.

Les autorités monétaires ouest-africaines veulent reprendre le contrôle sur les flux financiers électroniques. Visa domine nettement l’espace UEMOA et CEMAC, selon Connectionivoirienne.

Le groupe américain a conclu en décembre 2025 un accord avec Orange Money pour intégrer une carte virtuelle dans l’application Max it. Mastercard privilégie de son côté les marchés anglophones, s’appuyant sur MTN MoMo et Airtel Money.

Cette bataille autour des systèmes de paiement dépasse le simple enjeu commercial. La Banque centrale veut garantir la sécurité des fonds et contrôler les flux financiers dans un contexte sécuritaire régional préoccupant.

L’instruction N°001-01-2024 relative aux services de paiement, entrée en vigueur en janvier 2024, oblige désormais les opérateurs fintech à obtenir un agrément pour fonctionner. Bref, fini le modèle d’adossement aux banques qui permettait de contourner la réglementation.

L’Afrique compte plus de 485 millions de comptes mobile money, selon la GSMA. Le continent représente le premier marché mondial des portefeuilles électroniques. Les services de paiement ont évolué des simples transferts domestiques vers des usages sophistiqués : paiements en ligne, transactions internationales, e-commerce.

Le délai fixé aux fintechs pour se mettre en conformité a été reporté quatre fois. La dernière échéance est fixée au 31 août 2025. Au 27 mai 2025, seuls 11 agréments avaient été délivrés sur 131 acteurs identifiés dans le secteur du paiement. Digital Frontiers Institute souligne que ce décalage pose question sur la capacité de la BCEAO à traiter les demandes et accompagner les opérateurs dans cette transformation.

Pour les voyageurs ouest-africains, la situation devient embarrassante. Impossible d’acheter un billet d’avion en ligne avec une carte bancaire émise dans la région. Les compagnies aériennes attendent que les systèmes techniques s’ajustent à cette nouvelle contrainte réglementaire. Jeune Afrique rapporte que les régulateurs, les banques, Visa et Mastercard négocient actuellement une solution technique permettant le double transit des transactions.

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