L’économie tunisienne poursuit sa trajectoire de croissance à un rythme modéré, sur fond de pressions continues dues à la hausse des prix des importations et aux défis des finances publiques.
L’approche adoptée par le pays pour gérer la sévère pénurie d’eau constitue l’un des principaux déterminants de ses perspectives économiques, selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur la situation économique en Tunisie, intitulé : « Le défi de l’eau en Tunisie : De la raréfaction à l’adaptation ».
La croissance économique a atteint 2,7 % en 2025 et 2,4 % en glissement annuel au cours du premier semestre 2026, portée par la reprise du secteur agricole, des industries mécaniques et électriques, ainsi que du secteur touristique.
Il est prévu que la croissance ralentisse à 2,3 % en 2026, pour s’établir à une moyenne de 2,1 % sur la période 2027-2028.
Bien que le chômage ait baissé à 14,9 % au deuxième trimestre 2026, les femmes continuent de faire face à des résultats nettement plus faibles sur le marché du travail, avec un taux de chômage féminin atteignant 21,6 %, soit près du double du taux enregistré chez les hommes.
Le chapitre spécial du rapport met en lumière la sécurité hydrique en tant que moteur de plus en plus crucial de la croissance économique et de la création d’emplois.
La Tunisie dispose actuellement d’environ 380 mètres cubes d’eau douce renouvelable par habitant et par an, un niveau bien inférieur au seuil international de pénurie d’eau absolue.
Le changement climatique et la hausse de la demande devraient accentuer la pression sur des ressources déjà limitées.
Les coûts économiques de l’inaction pourraient être considérables. Le rapport estime que la pénurie d’eau pourrait réduire le produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie de 6,4 % d’ici 2050. Le secteur agricole, qui emploie 14 % de la main-d’œuvre nationale et jusqu’à la moitié des travailleurs en milieu rural, est le plus exposé à ces risques. En l’absence de mesures efficaces, le stress hydrique et climatique pourrait entraîner la perte d’au moins 30 % des emplois agricoles d’ici le milieu du siècle et réduire considérablement la production agricole. Les répercussions pourraient dépasser largement le cadre des exploitations agricoles pour toucher le tourisme, l’agroalimentaire, le secteur industriel et d’autres domaines dépendants de l’eau.
Cependant, la sécurité hydrique ne se limite pas à l’atténuation des risques : elle représente également une opportunité de créer des emplois et de renforcer la résilience économique. Le programme pour la résilience et la sécurité hydrique (RESEau), soutenu par le Groupe de la Banque mondiale — une initiative clé pour renforcer la résilience du secteur de l’eau en Tunisie —, devrait contribuer à créer environ 4 000 emplois permanents et 13 400 emplois temporaires dès sa première phase.
« La sécurité hydrique est essentielle à la création d’emplois et à la croissance. Néanmoins, grâce à des politiques, des institutions et des investissements adéquats, la Tunisie peut atténuer l’impact de la pénurie d’eau sur le niveau de vie de ses citoyens. »
Ahmadou Moustapha Ndiaye
Directeur pays de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte (Région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan)
Le rapport note que l’amélioration des précipitations et du niveau des barrages au cours de l’année écoulée a offert un soulagement temporaire bienvenu à court terme, mais ne modifie pas la nature du défi hydrique à long terme auquel la Tunisie est confrontée. Pour traduire la stratégie gouvernementale « Eau 2050 » — qui prévoit des investissements d’environ 900 millions de dollars américains par an jusqu’au milieu du siècle — en résultats durables, les investissements dans les infrastructures doivent s’accompagner de mesures visant à renforcer la gouvernance du secteur de l’eau, améliorer sa viabilité financière et accroître les performances des prestataires de services.
Le rapport considère que la modernisation du Code de l’eau, la mise en place d’un cadre pour la réutilisation des eaux usées traitées, l’amélioration du recouvrement des coûts tout en protégeant les ménages vulnérables, la réduction des pertes d’eau sur le réseau, le déploiement de la numérisation et le renforcement de la gestion de l’irrigation figurent parmi les mesures essentielles pour sécuriser l’avenir de l’eau en Tunisie.
