Freetown, capitale de la Sierra Leone, accueille depuis le 24 février 2026 les chefs d’état-major des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Trois jours de travaux. Un seul sujet au fond : la Force en attente, cette armée régionale dont on parle depuis des années sans qu’elle n’ait encore véritablement existé. La réunion s’est ouverte dans une atmosphère studieuse, sans éclat particulier. Bref, une rencontre militaire comme les autres, si ce n’est que l’enjeu pèse lourd.
À la cérémonie d’ouverture, tous les hauts gradés conviés n’avaient pas fait le déplacement — quelques chaises vides sur la photo de famille, sans que personne n’y voie matière à commentaire officiel.
Le général Amara Idara Bangura, chef des forces armées sierra-léonaises et hôte de la rencontre, a pris soin d’apaiser les esprits : « Aucun pays membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest n’est opposé à la mise sur pied rapide de la Force en attente, bien au contraire », a-t-il affirmé devant l’assemblée.
L’objectif affiché est concret. Les contingents mis à disposition par chaque armée seront annoncés à l’occasion de cette réunion. Dans un premier temps, on s’attend à près de 2 000 hommes mobilisés. Un chiffre modeste au regard des ambitions initiales — 260 000 hommes avaient été annoncés lors du dernier sommet des chefs d’État de la CEDEAO en août 2025 — mais les participants semblent avoir choisi la prudence sur les grandes déclarations.
La menace, elle, n’attend pas. Les groupes jihadistes affiliés à l’État islamique au Sahel et à al-Qaïda progressent vers les pays côtiers de la sous-région. Leur avance inquiète au-delà des capitales habituellement concernées comme Bamako ou Niamey. Dakar, Abidjan, Accra : aucune métropole atlantique ne se sent vraiment à l’abri.
Dans les couloirs de la réunion, une ligne de fracture s’est exprimée discrètement. Plusieurs voix ont plaidé pour que les États membres financent eux-mêmes leur force, sans attendre les contributions extérieures.
Un réflexe de souveraineté, ou simplement le constat que les bailleurs internationaux ne se bousculent plus. La question la plus délicate reste celle de la coopération avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays ont quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025 pour constituer leur propre bloc, l’Alliance des États du Sahel (AES).
Pourtant, plusieurs participants à Freetown ont reconnu qu’une coordination sur les questions de sécurité reste nécessaire, malgré les ruptures diplomatiques. La géographie ne se négocie pas : le Sahel et la côte partagent les mêmes menaces, qu’on le veuille ou non. En mars 2025, déjà réunis à Abuja, les chefs d’état-major avaient annoncé l’activation de la Force en attente, sans que cela ne débouche sur des effectifs concrets. Freetown est une nouvelle occasion. Reste à savoir si elle sera la bonne.