Tchad : pourquoi l’affaire Yaya Dillo rattrape Mahamat Déby en France ?

La visite du président du Tchad Mahamat Idriss Déby Itno à Paris en France ce jeudi 29 janvier 2026 ravive une affaire qui hante le pouvoir de N’Djaména depuis bientôt deux ans. Le 28 février 2024, l’opposant Yaya Dillo Djerou Betchi était tué lors d’un assaut des forces de sécurité contre le siège de son parti à la capitale tchadienne. Le dossier demeure ouvert devant la justice française.

Yaya Dillo présidait le Parti socialiste sans frontières et s’était déclaré candidat à l’élection présidentielle de mai 2024. Dans la nuit du 27 au 28 février, des unités d’élite ont encerclé le siège du parti. Les tirs ont duré près de deux heures selon des riverains.

L’opposant a été retrouvé mort avec une balle dans la tête. Son corps a été enterré sans autopsie. Le siège du parti a été rasé dans les quarante-huit heures qui ont suivi l’assaut.

Enfin, près de deux ans après les faits, aucune enquête digne de ce nom n’a été menée au Tchad. Le président Mahamat Idriss Déby Itno et son ancien Premier ministre avaient pourtant promis en mars 2024 l’ouverture d’une enquête internationale indépendante.

Le cabinet KIMIA avocats représente Ousmane Dillo, frère de la victime et ressortissant franco-tchadien. Dans un communiqué publié ce 29 janvier, les avocats rappellent aux autorités françaises « l’urgence et l’exigence de vérité et de justice ». La présence du chef de l’État tchadien à Paris donne une résonance particulière à ce rappel.

Une plainte pour assassinat a été déposée en France. Elle vise des individus proches du pouvoir tchadien qui auraient participé à l’opération ayant conduit à la mort de Yaya Dillo. La procédure s’appuie sur le principe de compétence extraterritoriale lorsque des ressortissants français sont impliqués dans des crimes graves.

Le frère de la victime a déclaré selon les informations relayées par Apanews : « L’impunité ne peut pas être la règle. Nous voulons que la lumière soit faite sur l’assassinat de Yaya Dillo et que les responsables rendent des comptes. »

Le dossier revêt une dimension qui dépasse le seul cas individuel. La famille de Yaya Dillo et ses soutiens y voient un combat contre la culture de l’impunité qui prévaut au Tchad selon plusieurs observateurs des droits humains. Robert Gam, secrétaire général du Parti socialiste sans frontières, a lui-même été arrêté et détenu pendant plus de huit mois en 2024.

Bref, la coopération entre Paris et N’Djaména s’était fortement dégradée ces derniers mois. Le Tchad a rompu ses accords de défense avec la France en novembre 2024. Les soldats français ont quitté le territoire tchadien quelques semaines plus tard. La visite de Mahamat Déby marque un réchauffement diplomatique entre les deux pays qui cherchent à redéfinir leur partenariat.

Le président tchadien a été reçu jeudi à l’Élysée par Emmanuel Macron. Les deux dirigeants devaient évoquer les relations bilatérales avec l’ambition de porter un partenariat renouvelé selon la présidence française. La question des droits humains et des opposants politiques figurait-elle au menu des discussions ? Rien ne le laisse transparaître dans les communiqués officiels.

Pour les familles de victimes et les organisations de défense des droits humains, le silence des autorités françaises est un signal préoccupant. L’enjeu concerne la protection des opposants politiques en Afrique centrale et le message envoyé aux régimes qui répriment la dissidence.

Continuez la discussion en temps réél !
Rejoignez notre chaîne WhatsApp