Si l’Afrique est pauvre, ce n’est pas à cause d’une malédiction

En 2027, l’Afrique pourrait compter près de 100 millions de pauvres de plus qu’en 2022, selon le récent rapport Africa’s Pulse de la Banque mondiale. Ce n’est pas une Breaking News.

Le 12 octobre 2020, l’institution de Bretton Wood lançait déjà un avertissement. Dans les dix années à venir, l’extrême pauvreté concernerait essentiellement l’Afrique, en particulier l’Afrique subsaharienne.

Cinq ans plus tard, les chiffres montrent que cette prévision était loin d’être exagérée.

De 416 millions en 2015 à 671 millions en 2027

Déjà en 2020, la Banque mondiale relevait que le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne était passé de 416 millions en 2015 à 431 millions en 2017.

Au lieu de reculer, la pauvreté continuait donc de gagner du terrain. La tendance s’est ensuite accentuée.

Selon l’édition d’octobre 2025 du rapport Africa’s Pulse, l’Afrique subsaharienne comptait 576 millions de personnes pauvres en 2022.

Si rien ne change, ce nombre atteindra 671 millions en 2027. Cela représente près de 100 millions de pauvres supplémentaires en seulement cinq ans.

Le poids de l’Afrique dans la pauvreté mondiale devient également de plus en plus important. En 2020, la région représentait déjà 60 % de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté. Désormais, cette proportion est estimée à 72 %.

Pour mieux comprendre, imaginons qu’il n’y ait que 100 personnes extrêmement pauvres dans le monde. Selon la Banque mondiale, 72 d’entre elles vivraient en Afrique subsaharienne.

Les autres régions sont très loin derrière. Le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Afghanistan et le Pakistan regroupent 12 % des personnes extrêmement pauvres dans le monde. L’Asie du Sud en compte 6 %, l’Asie de l’Est et le Pacifique 5 %, tandis que l’Amérique latine et les Caraïbes n’en représentent que 4 %.

Pourquoi une telle concentration de la pauvreté en Afrique subsaharienne ?

La Banque mondiale avance une première explication : la région connaît une forte croissance démographique.

Sa population est jeune et augmente rapidement. Chaque année, des millions de nouveaux actifs arrivent sur le marché du travail.

Le problème est que les investissements ne suivent pas. Les secteurs capables de créer des emplois et d’augmenter les revenus des ménages les plus pauvres ne se développent pas assez vite.

En d’autres termes, il y a de plus en plus de personnes à la recherche d’un emploi, mais pas suffisamment d’opportunités économiques pour les accueillir.

Pour la Banque mondiale, c’est cette combinaison entre une croissance démographique rapide et une création d’emplois insuffisante qui ralentit fortement la lutte contre la pauvreté. Tant que cet écart persistera, il sera difficile d’inverser durablement la tendance.

La solution de la Banque mondiale

L’emploi constitue le principal canal par lequel les populations bénéficient des fruits de la croissance économique.

Or, la majorité des nouveaux entrants sur le marché du travail rejoignent des secteurs informels, caractérisés par une faible productivité et des perspectives limitées en matière de croissance des revenus, de réduction de la pauvreté et de mobilité sociale.

Les emplois salariés ne représentent que 24 % de l’ensemble des emplois, et ce chiffre est encore plus faible si l’on exclut l’Afrique australe.

L’Afrique subsaharienne doit adopter un nouveau modèle de croissance fondé sur le développement des moyennes et grandes entreprises, véritables moteurs de productivité et de création d’emplois.

En somme, si l’Afrique est pauvre, ce n’est pas à cause d’une malédiction. Il y a une explication logique comme on vient de le voir plus haut.

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