L’Égypte a présenté le 15 novembre 2025 sa Stratégie nationale de santé numérique 2025-2029. Le ministre de la Santé et de la Population, Khaled Abdel Ghaffar, a dévoilé cette feuille de route lors du troisième Congrès mondial sur la population, la santé et le développement, organisé au Caire sous le patronage du président Abdel Fattah al-Sissi. Le pays vise un système de santé entièrement numérisé d’ici 2029.
Au centre de cette planification figure la création d’un écosystème numérique intégré. Les autorités prévoient l’unification des données nationales de santé, l’installation de plateformes interopérables et sécurisées, ainsi que l’extension des services numériques pour permettre un suivi plus rapide et plus fiable des patients. Selon Khaled Abdel Ghaffar, cette stratégie doit permettre d’établir « un écosystème de santé numérique intégré, centré sur l’humain, garantissant un accès sécurisé, interopérable et équitable à des services de qualité ».
Notons que l’Égypte compte désormais 117 millions d’habitants. Cette croissance démographique continue de peser sur les infrastructures sanitaires. Les redondances administratives et les difficultés d’accès aux soins restent fréquentes dans de nombreuses régions. La pandémie de Covid-19 avait d’ailleurs exposé les failles des dispositifs traditionnels.
La transformation numérique s’intègre dans une vision plus vaste baptisée « Digital Egypt 2030 », qui place la santé parmi ses priorités. Le secteur des technologies de l’information et de la communication affiche une croissance annuelle de 15 à 20 %. Bref, le terrain semble favorable. Le taux de pénétration d’Internet atteignait 72,2 % de la population totale en janvier 2024, avec 82 millions d’utilisateurs connectés.
Des premiers pas déjà accomplis pour la numérisation de la santé en Égypte
Plusieurs projets ont déjà posé les bases de cette mutation. Des millions de dossiers médicaux électroniques ont été enregistrés dans le système d’assurance maladie universelle. De nouvelles plateformes émergent pour la télémédecine, l’automatisation hospitalière ou encore l’analyse médicale assistée par intelligence artificielle.
Rania al-Mashat, ministre de la Planification et du Développement économique, a rappelé que la santé constituait un pilier stratégique de la croissance économique. Elle a insisté sur l’importance d’aligner les objectifs sanitaires avec les plans nationaux de développement. Enfin, la ministre a souligné la nécessité de promouvoir l’intégration intersectorielle pour maximiser l’impact social et économique.
Le panel de présentation comprenait Ahmed Taha, responsable de l’Autorité générale d’accréditation et de régulation des soins de santé, Naeema al-Gasseer, représentante de l’OMS en Égypte, Mai Farid, directrice générale de l’Autorité d’assurance maladie universelle, et Tarek Moharram, directeur général d’Elevate Capital Management.
Il convient de relever la présence d’obstacles à surmonter. Des disparités persistent en effet entre zones urbaines et rurales. Alors que 84 % des habitants des villes accèdent à Internet, seuls 63 % des résidents des campagnes bénéficient de cette connectivité. Cet écart représente environ 24,5 millions d’Égyptiens ruraux qui demeurent hors ligne. La diffusion rapide des solutions d’e-santé pourrait ainsi se heurter à ces inégalités géographiques.
La formation des professionnels de santé aux nouveaux outils numériques reste indispensable. Le renforcement de la cybersécurité s’impose également pour protéger des données particulièrement sensibles. Les autorités devront investir dans l’amélioration de la connectivité dans les régions moins desservies pour garantir une adoption équitable des services.
Le gouvernement mise sur cette transformation pour améliorer l’efficacité d’un système sous pression. L’objectif consiste également à renforcer la résilience nationale face aux crises sanitaires. La stratégie prévoit d’améliorer les capacités de prise de décision fondées sur les données, d’élargir l’accès aux services numériques et de renforcer la capacité du secteur à répondre aux défis émergents.
Khaled Abdel Ghaffar a qualifié la transformation numérique « d’investissement dans les personnes » qui améliore directement l’expérience des patients et soutient les objectifs de développement durable de l’Égypte. Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité du pays à surmonter les défis techniques, financiers et humains qui l’attendent.