C’est l’histoire d’un « casse » numérique d’une ampleur inédite, mené depuis un centre d’appels aux Philippines. Michael Cris Traya Sordilla, 34 ans, vient de plaider coupable devant un tribunal fédéral américain. Son crime ? Avoir vendu des rêves de tapis rouges et de succès littéraires à des centaines de seniors pour leur dérober une fortune colossale.
Des entreprises fictives et des décors de carton-pâte
Pendant sept ans, de 2017 à 2024, Michael Sordilla a orchestré une machination redoutable. Depuis ses bureaux chez Innocentrix Philippines, il dirigeait une armée de téléopérateurs chargés de contacter des auteurs indépendants aux États-Unis.
Le mode opératoire était toujours le même : se faire passer pour des agents littéraires de maisons d’édition prestigieuses comme PageTurner Press ou des cadres de studios de cinéma nommés The Metro Films.
En réalité, ces entreprises n’étaient que des coquilles vides créées de toutes pièces en Californie ou dans l’Indiana pour donner une illusion de légitimité.
Le piège du « Contrat Hollywoodien »
Les victimes, principalement des personnes âgées ayant auto-publié des ouvrages, recevaient l’appel qu’elles attendaient toute leur vie.
On leur annonçait que leur livre avait été sélectionné pour une adaptation cinématographique à Hollywood ou par un grand service de streaming.
Pour « valider » l’affaire, les auteurs devaient s’acquitter de frais divers :
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Avances sur taxes ;
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Frais de transaction ;
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Coûts de marketing et de mise en relation.
Persuadés que la gloire était au bout du tunnel, plus de 800 auteurs ont mordu à l’hameçon, envoyant des sommes parfois astronomiques. Au total, le préjudice s’élève à plus de 48,7 millions de dollars.
Un blanchiment à grande échelle
Une fois l’argent versé sur des comptes bancaires américains contrôlés par des complices, Sordilla ordonnait le transfert immédiat des fonds vers les Philippines.
Près de 42 millions de dollars ont ainsi été blanchis pour effacer toute trace du délit. À lui seul, le cerveau de l’opération aurait empoché plus de 2,7 millions de dollars.
La fin du rêve
Le procureur américain Adam Gordon a été cinglant lors de l’audience : « Les prévenus n’ont pas seulement volé de l’argent — ils ont volé des rêves, laissant aux victimes des promesses vides et des pertes dévastatrices. »
Dans le cadre de son accord de plaidoyer, Michael Sordilla a accepté de restituer la totalité des 48 millions de dollars aux victimes. Si cette condamnation marque une victoire pour la justice, elle sert surtout d’avertissement : les véritables maisons d’édition et studios de cinéma ne demandent jamais de frais initiaux pour publier ou adapter une œuvre.
Pour les trois autres complices, le procès est toujours en attente. Le FBI, de son côté, a déjà saisi les domaines internet frauduleux et gelé 6 millions de dollars sur divers comptes.
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