FIFA : Infantino contre-attaque face à l’UEFA dans l’affaire des investisseurs privés de la Coupe du monde

FIFA : Infantino contre-attaque face à l’UEFA dans l’affaire des investisseurs privés de la Coupe du monde
Crédit Photo : Sky Sport

FIFA – UEFA : le bras de fer prend désormais une tournure judiciaire. Alors que l’UEFA cherche à obtenir aux États-Unis des documents susceptibles d’alimenter une procédure envisagée en Suisse contre Gianni Infantino, la FIFA demande à son tour à la justice américaine de rejeter cette requête. Dans sa réponse, l’instance mondiale accuse l’UEFA de mener une campagne de « désinformation » et de chercher à influencer l’élection présidentielle de mars 2027.

Le conflit autour du projet FIFA Forward Enterprise (FFE), abandonné après une forte opposition dans le monde du football, est donc loin d’être terminé. Il se déplace désormais dans les tribunaux américains, avec en toile de fond l’avenir de la gouvernance de la FIFA et la candidature de Gianni Infantino à un nouveau mandat.

La FIFA veut empêcher l’UEFA d’accéder aux documents

Dans un document transmis à un tribunal fédéral de Floride, la FIFA conteste la démarche engagée par l’UEFA pour obtenir des témoignages et des documents auprès de deux entités américaines liées à l’organisation du Mondial.

L’UEFA avait saisi la justice américaine en août afin d’obtenir des éléments destinés à une éventuelle procédure en Suisse contre Infantino et, potentiellement, d’autres responsables ou conseillers de la FIFA. L’instance européenne estime que ces documents pourraient permettre de comprendre comment le projet FFE a été conçu, évalué et préparé.

La FIFA demande désormais au juge de rejeter cette demande. Elle accuse l’UEFA de chercher moins à établir des faits qu’à alimenter une campagne contre sa direction.

Selon la FIFA, les arguments développés par l’UEFA contiennent des affirmations qu’elle juge « fausses ou trompeuses » concernant l’organisation et son président. L’instance mondiale réfute notamment l’idée qu’Infantino aurait cherché à tirer un bénéfice personnel du projet.

Ces accusations restent, à ce stade, des positions opposées dans une bataille judiciaire : elles ne constituent pas en elles-mêmes des conclusions de justice.

Le projet FFE au cœur de la crise

Le dossier trouve son origine dans le projet FIFA Forward Enterprise. L’idée consistait à transférer certains droits commerciaux liés aux compétitions de la FIFA vers une nouvelle structure susceptible d’accueillir des investisseurs privés.

Le projet devait notamment permettre de mobiliser de nouvelles ressources financières pour le développement du football. Mais il a rapidement provoqué une vive réaction de plusieurs confédérations et acteurs du football mondial avant d’être abandonné.

L’UEFA considère que les conditions dans lesquelles le projet a été élaboré doivent être examinées. Dans sa requête américaine, elle a notamment cherché à obtenir des informations sur la conception, la valorisation et les conditions d’approbation de l’opération.

La FIFA, elle, soutient que le projet n’a jamais constitué une opération permettant à Infantino de s’enrichir personnellement et conteste les interprétations avancées par l’UEFA.

L’élection de mars 2027 s’invite dans le dossier

C’est l’un des éléments les plus sensibles de la réponse de la FIFA.

L’instance mondiale affirme que la démarche de l’UEFA pourrait avoir pour objectif d’influencer l’élection présidentielle prévue le 18 mars 2027 à Rabat, au Maroc. Gianni Infantino a confirmé son intention de briguer un nouveau mandat.

La FIFA présente donc la bataille judiciaire comme faisant partie d’un affrontement plus large autour de la direction de l’organisation.

L’UEFA, de son côté, soutient que sa démarche vise à réunir des éléments pour une éventuelle procédure judiciaire en Suisse. Elle n’a pas, à ce stade, transformé cette démarche en condamnation judiciaire d’Infantino.

La nuance est importante : une demande de documents devant un tribunal américain n’équivaut pas à l’établissement d’une infraction.

Une crise de gouvernance qui dépasse le seul projet financier

Le dossier FFE a surtout révélé une fracture plus profonde au sein du football mondial. Plusieurs confédérations ont demandé davantage de transparence et de concertation dans la prise de décision de la FIFA.

La FIFA cherche parallèlement à répondre à ces critiques. Infantino a récemment proposé une consultation des fédérations membres afin d’examiner des réformes de la gouvernance de l’organisation. Le Conseil de la FIFA doit notamment examiner les premières propositions lors de sa réunion du 15 octobre.

Dans le même temps, l’UEFA et la Concacaf ont demandé une redistribution plus importante des réserves financières de la FIFA aux associations membres. La FIFA a annoncé qu’une étude serait menée avant toute décision.

Le conflit dépasse donc désormais largement la seule question de l’investissement privé dans les revenus des Coupes du monde.

Infantino face à un nouveau front

En quelques semaines, le projet abandonné de FIFA Forward Enterprise est devenu le point de départ d’une série de batailles : désaccords entre confédérations, demandes de réforme de la gouvernance, discussions financières et maintenant affrontement judiciaire aux États-Unis.

La réponse déposée en Floride montre surtout que la FIFA ne compte pas laisser l’UEFA imposer seule le récit autour de cette affaire. L’organisation cherche à reprendre l’initiative en contestant à la fois la démarche juridique européenne et l’interprétation qui en est faite.

Pour Gianni Infantino, l’enjeu est d’autant plus important que le calendrier électoral approche. Les candidatures concurrentes doivent être déclarées avant le 18 novembre 2026, avant le Congrès électif du 18 mars 2027.

Point de vue de la rédaction

L’affaire FFE illustre désormais une question plus large : qui doit contrôler la manière dont la FIFA prend ses décisions commerciales et financières ?

Le projet d’ouverture à des investisseurs privés a été abandonné, mais ses conséquences institutionnelles se poursuivent. L’UEFA cherche à obtenir des documents pour éclairer une éventuelle procédure en Suisse ; la FIFA répond en contestant la légitimité et la finalité de cette démarche.

Pour l’heure, il convient donc de distinguer les accusations, les demandes d’accès aux documents et les éventuelles conclusions judiciaires. La bataille est engagée, mais ses implications pourraient dépasser largement le projet commercial initial et peser sur le débat autour de la gouvernance de la FIFA à l’approche de mars 2027.