Visa Schengen : ce que Bruxelles prépare pourrait changer les démarches de centaines de milliers de Marocains

Visa Schengen : ce que Bruxelles prépare pourrait changer les démarches de centaines de milliers de Marocains
Crédit photo : Schengenvisum.info

Visa Schengen : les règles pourraient évoluer en profondeur dans les prochains mois. La Commission européenne a lancé une consultation en vue de réviser le Code des visas, avec plusieurs pistes susceptibles de modifier les conditions de voyage des ressortissants de pays tiers, notamment les voyageurs réguliers et les professionnels.

Le Maroc est particulièrement concerné par cette réflexion. Avec 619 827 demandes de visas Schengen de court séjour déposées en 2025, le Royaume figurait au cinquième rang mondial des pays demandeurs, derrière la Chine, la Turquie, l’Inde et la Russie.

Mais à ce stade, une précision s’impose : aucune de ces nouvelles mesures n’est encore entrée en vigueur. Il s’agit de pistes examinées dans le cadre du processus de révision du dispositif européen.

Une réforme encore au stade de la consultation

Bruxelles cherche à revoir le fonctionnement du système européen des visas de court séjour afin de l’adapter aux nouvelles réalités de la mobilité internationale.

La démarche vise notamment à rendre les procédures plus cohérentes entre les États membres, à faciliter certains déplacements considérés comme légitimes et à mieux prendre en compte les enjeux liés à la sécurité et à la gestion migratoire.

La future réforme devra encore franchir plusieurs étapes avant de modifier concrètement les démarches des demandeurs. Les personnes qui préparent actuellement un dossier restent donc soumises aux règles en vigueur.

Le tarif actuel du visa Schengen de court séjour demeure notamment fixé à 90 euros pour les adultes, hors éventuels frais facturés par les centres de demande de visas.

Vers une contribution supplémentaire ?

L’une des pistes étudiées concerne la possibilité de créer une contribution financière harmonisée au niveau européen, qui s’ajouterait aux frais de visa.

L’objectif évoqué est notamment de contribuer au financement de la politique commune des visas. Mais le montant d’une éventuelle contribution et ses modalités restent à définir.

Pour les demandeurs, cette piste pourrait donc représenter une évolution du coût global de la procédure si elle était finalement retenue.

Il serait toutefois prématuré de parler d’une nouvelle hausse des frais : Bruxelles n’a pas encore arrêté de montant ni décidé définitivement la création de cette contribution.

Les voyageurs réguliers pourraient bénéficier de règles plus favorables

L’un des autres axes de la réflexion concerne les visas à entrées multiples.

Aujourd’hui, ces visas permettent aux voyageurs concernés d’effectuer plusieurs séjours dans l’espace Schengen pendant leur période de validité. La Commission souhaite étudier des règles plus harmonisées entre les États membres et pourrait faire évoluer la durée accordée à certains voyageurs réguliers disposant d’un historique de déplacements jugé fiable.

Cette piste intéresse particulièrement les personnes qui se rendent fréquemment en Europe pour des raisons professionnelles, familiales ou autres motifs légitimes.

Les statistiques de 2025 montrent d’ailleurs l’importance de ce type de visa : un peu plus de la moitié des visas délivrés dans l’espace Schengen autorisaient les entrées multiples.

Les voyages d’affaires au cœur d’une autre simplification

Bruxelles envisage également de faciliter les déplacements professionnels.

Une des pistes consiste à mettre en place un système européen permettant d’identifier des entreprises vérifiées, dont les salariés pourraient bénéficier de procédures simplifiées.

Parmi les possibilités évoquées figurent des rendez-vous prioritaires, un traitement accéléré des demandes ou encore une réduction de certains justificatifs.

L’idée est de rendre les déplacements professionnels plus prévisibles pour les salariés amenés à voyager régulièrement dans plusieurs pays de l’espace Schengen, tout en maintenant les contrôles nécessaires.

Pour les entreprises marocaines travaillant régulièrement avec des partenaires européens, une telle évolution pourrait donc présenter un intérêt particulier si elle est finalement adoptée.

La politique des visas pourrait aussi être davantage liée à la coopération migratoire

Le projet de réforme ne concerne toutefois pas uniquement la facilitation des déplacements.

Bruxelles souhaite également examiner la manière dont la politique des visas peut être utilisée dans les relations avec les pays tiers, notamment lorsque des difficultés existent en matière de réadmission des ressortissants en situation irrégulière.

Les critères susceptibles d’être pris en compte pourraient inclure davantage la coopération dans la gestion des frontières, la lutte contre l’immigration irrégulière et le trafic de migrants, ainsi que certaines considérations de sécurité.

Cette dimension donne à la réforme une portée qui dépasse largement la simple question administrative du rendez-vous ou du formulaire de visa.

Le Maroc particulièrement concerné par les évolutions

L’importance du Maroc dans les statistiques européennes explique pourquoi toute modification du système Schengen est susceptible d’avoir des conséquences concrètes pour un nombre important de voyageurs marocains.

En 2025, les consulats des pays de l’Union européenne et des États associés à l’espace Schengen ont reçu près de 12 millions de demandes de visas de court séjour. Le Maroc représentait à lui seul près de 620 000 dossiers.

Sur l’ensemble du système, plus de 10 millions de visas ont été délivrés en 2025, dont environ la moitié autorisaient plusieurs entrées.

Ces chiffres montrent l’importance économique et humaine des déplacements entre l’Europe et les pays concernés par le régime Schengen.

Ce qui change pour les demandeurs aujourd’hui

Pour les Marocains qui souhaitent déposer prochainement une demande, rien ne change pour le moment.

Les conditions actuelles restent applicables : documents justificatifs, preuves relatives au motif du séjour, moyens financiers, hébergement, assurance et autres pièces exigées selon la situation du demandeur. La Commission indique également que le délai normal de traitement est de 15 jours, avec la possibilité de l’étendre jusqu’à 45 jours dans certaines situations.

La réforme devra encore être élaborée puis suivre le processus législatif européen avant toute éventuelle entrée en vigueur.

Point de vue de la rédaction

Le principal enseignement de cette réforme en préparation est donc moins une nouvelle contrainte immédiate qu’une volonté européenne de différencier davantage les profils de voyageurs.

D’un côté, Bruxelles cherche à faciliter les déplacements des personnes considérées comme régulières et fiables, notamment certains professionnels. De l’autre, la politique des visas pourrait devenir encore davantage liée aux questions migratoires et sécuritaires.

Pour les centaines de milliers de Marocains qui sollicitent chaque année un visa Schengen, l’enjeu sera donc de suivre attentivement le contenu définitif de la réforme.