L’Organisation mondiale de la santé a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale ; la décision concerne l’épidémie de virus Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Il s’agit du deuxième niveau d’alerte le plus élevé dont dispose l’institution.
L’épicentre se trouve en province d’Ituri, dans le nord-est congolais. Cette région aurifère est en proie aux violences de groupes armés. Des mouvements de population liés à l’activité minière s’y produisent chaque jour. Ces flux humains favorisent la propagation du virus au-delà des zones initialement touchées.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a alerté sur « l’ampleur et la rapidité » de l’épidémie. Celle-ci est vraisemblablement à l’origine de 131 décès et 513 cas suspects. Les chiffres varient selon les sources, car l’accessibilité du terrain reste difficile. L’Africa CDC a enregistré pour sa part 88 décès sur 336 cas suspects.
La souche en cause s’appelle Bundibugyo. Elle constitue la principale difficulté de cette crise. Le ministre de la Santé congolais, Samuel-Roger Kamba, a été explicite : « La souche Bundibugyo n’a pas de vaccin et n’a pas de traitement spécifique. Avec cette souche, le taux de létalité est très important, on peut aller jusqu’à 50%. » Les outils disponibles lors des épidémies précédentes — notamment ceux développés contre la souche Zaïre — sont ici inopérants.
Le Bundibugyo ebolavirus a été identifié officiellement pour la première fois en 2007, à la suite d’une épidémie survenue dans le district de Bundibugyo, en Ouganda. Cette variante n’a provoqué que deux épidémies dans le monde à ce jour : en Ouganda en 2007, avec 42 décès sur 131 cas confirmés, puis en RDC en 2012, avec 13 décès sur 38 cas confirmés. La flambée actuelle dépasse donc en volume tout ce qu’on avait observé avec cette souche.
Le virus s’est propagé au-delà des frontières de l’Ituri. Un cas a été confirmé à Goma, ville de l’est du Congo contrôlée par le groupe armé M23. Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale, a précisé : « Il s’agit de la femme d’un homme mort du virus Ebola à Bunia, qui a rejoint Goma après le décès de son mari en étant contaminée. » Des cas ont également été recensés à Kinshasa et à Kampala.
La réponse sanitaire se heurte à des obstacles sur le terrain. Les autorités congolaises ont reconnu que l’alerte avait tardé à remonter, car certaines communautés interprétaient les symptômes comme une « maladie mystique » et n’amenaient pas les malades à l’hôpital. Par ailleurs, l’insécurité dans l’est du Congo complique l’acheminement du personnel médical.
L’OMS a fermement déconseillé à tout État de fermer ses frontières ou de restreindre les échanges commerciaux, estimant que de telles mesures « n’ont aucune base scientifique » et risquent d’aggraver la propagation en poussant les flux de population vers des points de passage non surveillés. Selon la RTS, les autorités misent sur le traçage des contacts, la détection précoce et le respect des mesures barrières pour contenir l’épidémie, en l’absence de tout autre outil thérapeutique disponible.
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