Côte d’Ivoire – Affaire des démolitions à Koumassi : le procureur de la République près le Tribunal de première instance du Plateau, Koné Braman, a fait le point, ce mercredi 16 septembre 2026, sur l’enquête ouverte après les démolitions survenues dans le quartier Campement.
Plus de trois mois après les faits, le parquet a présenté plusieurs éléments issus des investigations et précisé les responsabilités qui restent à établir.
Les démolitions du 3 juin jugées illégales
Lors de sa conférence de presse, le procureur a indiqué que les démolitions réalisées le 3 juin 2026 dans le quartier Campement étaient illégales.
Selon le parquet, un document judiciaire invoqué pour justifier l’opération n’autorisait pas la destruction des constructions. Le procureur précise que les juges avaient uniquement ordonné le déguerpissement de cinq habitations précises, sans ordonner leur démolition.
Une information judiciaire aurait été ouverte le 29 juin 2026, avec émission d’un mandat de dépôt et poursuite des auditions et interrogatoires.
Un site de plus de 6 hectares
Les investigations ont également permis de préciser la situation foncière du site. D’après les données du cadastre, le terrain couvre plus de six hectares, subdivisés en 250 lots répartis sur sept îlots.
La situation juridique des parcelles est diverse :
- 28 lots bénéficient d’un Arrêté de Concession Définitive (ACD) ;
- 4 lots disposent d’un titre de pleine propriété ;
- 8 lots font l’objet d’un titre foncier au nom de l’État ;
- 5 procédures de morcellement sont en cours.
Le plan ORSEC au cœur des investigations
Entendu le 24 juin 2026 par le Premier président de la Cour d’appel d’Abidjan, le ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo aurait justifié les démolitions ordonnées par ses services en invoquant le plan ORSEC, dispositif destiné à organiser les secours en cas de catastrophe majeure.
Le parquet cherche désormais à déterminer si ce dispositif d’urgence pouvait légalement être appliqué à la situation du quartier Campement et à établir les responsabilités précises des différents intervenants.
Selon les éléments présentés par le procureur, le directeur de cabinet du ministre-gouverneur a reconnu avoir supervisé l’opération sur ses instructions, tandis que le directeur technique a confirmé la présence de policiers sur les lieux.
Vers une demande de levée d’immunité parlementaire
Le parquet s’intéresse également au rôle présumé du député de Gouméré-Tabagne, qui serait soupçonné d’avoir coordonné et principalement financé l’opération.
Le dossier mentionne notamment un prêt de 7 millions de francs CFA contracté en 2024 au profit d’Alloui Brou Jacques.
Selon le témoignage du fils aîné de ce dernier, le député aurait demandé à son père de s’accuser des démolitions dans une vidéo. Cet élément fait partie des informations examinées dans le cadre de l’enquête.
Face aux éléments recueillis, la doyenne des juges d’instruction aurait demandé au procureur général de saisir l’Assemblée nationale afin d’obtenir la levée de l’immunité parlementaire du député, en vue d’éventuelles poursuites.
Le procureur de la République, Koné Braman, a réaffirmé la volonté du parquet de faire appliquer la loi et de poursuivre les investigations afin de déterminer les responsabilités conformément aux règles de droit.
