Diarrhée : cette infection intestinale se transmet désormais aussi par voie sexuelle

Diarrhée : cette infection intestinale se transmet désormais aussi par voie sexuelle
Crédit photo : France 24

La shigellose, une infection intestinale provoquée par des bactéries du genre Shigella, se transmet de plus en plus par voie sexuelle au Royaume-Uni. Une étude publiée en juillet 2026 révèle une progression plus rapide de ces infections et une résistance accrue de certaines souches aux antibiotiques.

Longtemps associée à la consommation d’eau ou d’aliments contaminés et aux voyages dans des zones où l’assainissement est insuffisant, la shigellose représente désormais un enjeu croissant de santé publique dans plusieurs pays à revenu élevé. La transmission sexuelle de cette infection attire particulièrement l’attention des chercheurs, en raison de sa progression et des difficultés thérapeutiques liées à l’antibiorésistance.

Une progression plus rapide des infections transmises sexuellement

Une étude publiée en juillet 2026 dans la revue The Lancet Infectious Diseases met en évidence la propagation rapide des souches de Shigella sonnei associées à la transmission sexuelle en Angleterre.

Les chercheurs ont analysé des données génétiques issues d’échantillons collectés entre 2004 et 2020 par 138 laboratoires répartis dans 15 régions sanitaires du Royaume-Uni. Selon leurs résultats, entre 2015 et 2020, les formes de shigellose transmises sexuellement ont progressé 15 % plus rapidement d’une année à l’autre que celles associées notamment aux voyages, aux aliments contaminés ou aux épidémies dans les crèches.

L’étude souligne également que ces souches se propagent sur de plus grandes distances et deviennent plus rapidement résistantes aux traitements antimicrobiens.

Kate Baker, chercheuse au département de génétique de l’Université de Cambridge et coauteure de l’étude, alerte sur le manque d’information concernant ce risque au sein des communautés les plus touchées, notamment les hommes gays et bisexuels ainsi que les autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

Des symptômes parfois sévères

La shigellose est une infection digestive qui provoque principalement une diarrhée parfois sanglante ou contenant du mucus. Elle peut également entraîner des douleurs abdominales, des crampes, de la fièvre et, dans certains cas, des vomissements.

La déshydratation constitue l’une des principales complications, particulièrement chez les jeunes enfants et les personnes vulnérables. Les formes graves nécessitent une prise en charge médicale adaptée.

La bactérie se transmet principalement par voie féco-orale, lorsque des particules de matières fécales contaminées atteignent la bouche. Cela peut se produire par l’intermédiaire des mains, de l’eau, des aliments ou lors de certaines pratiques sexuelles impliquant un contact avec des matières fécales.

La dose infectieuse étant très faible, une quantité infime de bactéries peut suffire à provoquer la maladie. Les enfants de moins de cinq ans figurent parmi les populations particulièrement exposées. Les personnes vivant dans des conditions d’assainissement insuffisantes et les voyageurs peuvent également être touchés.

La résistance aux antibiotiques complique les traitements

Au-delà de l’augmentation des infections, les chercheurs s’inquiètent de la progression de l’antibiorésistance. À la fin de la période étudiée, plus de 70 % des souches associées à la transmission sexuelle présentaient une résistance à au moins un antibiotique cliniquement pertinent. Cette proportion était d’environ 40 % pour les souches non associées à la transmission sexuelle.

Cette évolution réduit les possibilités de traitement et renforce la nécessité d’adapter la prise en charge médicale aux caractéristiques de l’infection. Les antibiotiques ne sont pas systématiquement nécessaires dans toutes les formes de shigellose ; leur utilisation doit être évaluée par un professionnel de santé.

Les chercheurs estiment que l’utilisation d’antibiotiques prescrits pour d’autres infections pourrait contribuer à la sélection de bactéries résistantes. Ils appellent donc à renforcer la surveillance, le dépistage et les stratégies de prévention.

Prévention : les gestes d’hygiène ne suffisent pas toujours

Le lavage soigneux des mains, l’accès à l’eau potable et la sécurité alimentaire restent essentiels pour limiter la transmission de la shigellose. Toutefois, ces mesures ne suffisent pas à elles seules lorsque l’infection se transmet dans le cadre de contacts sexuels.

En cas de diarrhée, notamment lorsqu’elle est sanglante, il est recommandé de consulter rapidement un professionnel de santé et d’éviter les rapports sexuels pendant la maladie. Après la guérison, il convient de suivre les recommandations médicales concernant la reprise des activités sexuelles, car la transmission peut persister après la disparition des symptômes.

Il est également important de signaler au professionnel de santé les éventuels contacts sexuels à risque afin de faciliter le diagnostic et d’orienter les examens nécessaires.

L’étude publiée en juillet 2026 met ainsi en évidence un défi supplémentaire dans la lutte contre les infections bactériennes : prévenir la transmission tout en limitant la diffusion de souches résistantes aux traitements disponibles.

Point de vue de la rédaction

La progression de la shigellose transmise sexuellement rappelle que certaines infections digestives ne se limitent pas aux problèmes d’hygiène alimentaire ou d’accès à l’eau potable. La sensibilisation, le dépistage et l’usage raisonné des antibiotiques doivent faire partie intégrante des stratégies de santé publique, sans stigmatiser les populations les plus exposées.

Source : Université de Cambridge ; étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases, juillet 2026.