Royaume-Uni : après avoir rompu le pays prêt à tout pour un rapprochement avec l’UE

Royaume-Uni UE

Crédits photo : Toute l'Europe

Les joutes acharnées autour du Brexit s’apprêtent à faire leur retour au Parlement au Royaume-Uni : le gouvernement de Keir Starmer met la dernière main à un projet de loi pour concrétiser des rapprochements avec l’Union européenne (UE).

Depuis son arrivée à Downing Street en juillet 2024, Keir Starmer s’est attelé à renouer de bonnes relations avec les 27, tendues sous les conservateurs qui avaient porté le Brexit.

Le dirigeant travailliste espère qu’un rapprochement contribue à relancer une économie britannique atone et redonne un élan à son mandat, alors qu’il atteint des sommets d’impopularité. Mais il a tracé des « lignes rouges », en rejetant tout retour à la libre circulation, à l’union douanière et au marché unique.

Le « nouveau partenariat stratégique » conclu entre les deux blocs l’an dernier, qui prévoit notamment de réduire les contraintes sur le commerce de denrées alimentaires, implique un alignement du Royaume-Uni sur les règles des 27 dans certains domaines.

Le gouvernement travailliste doit présenter au printemps ou à l’été un projet de loi pour définir ce « mécanisme » d’alignement ainsi que le « rôle du Parlement », explique une source gouvernementale.

Un sujet explosif, alors que pour ses défenseurs, le Brexit devait permettre au Royaume-Uni de s’affranchir des règles européennes.

Opposition

Les deux blocs ont également convenu de travailler à intégrer le Royaume-Uni au marché européen de l’électricité.

Mais la concrétisation de ces engagements s’avère complexe, et l’échec en novembre dernier des négociations sur l’inclusion du Royaume-Uni au programme de défense Safe illustre ces difficultés.

Les travaillistes sont en position de force avec leur écrasante majorité à la chambre des Communes, mais le texte promet de susciter la vive opposition du Parti conservateur. Ainsi que du parti europhobe et anti-immigration Reform UK, dirigé par le chantre du Brexit Nigel Farage et en tête dans les sondages.

Les deux formations accusent déjà régulièrement les travaillistes de « trahir » le Brexit.

« Nous n’avons pas eu de débat en profondeur » au Parlement sur le Brexit depuis le vote en 2020 de l’accord de commerce et de coopération (TCA) qui régit les nouvelles relations entre les deux blocs, souligne Ian Bond, directeur adjoint du Centre for European Reform, think tank basé au Royaume-Uni.

La victoire du « non » au référendum de 2016 a profondément divisé le pays et déclenché trois années de batailles parlementaires acharnées sur le futur des relations entre le Royaume-Uni et l’UE, conduisant à la démission de la Première ministre Theresa May.

C’est finalement Boris Johnson qui a concrétisé le Brexit, après sa victoire massive aux législatives de 2019.

Aujourd’hui, les sondages montrent régulièrement que la majorité des Britanniques considèrent le Brexit comme un échec, ce que Keir Starmer espère tourner à son avantage.

Le chef du gouvernement défend « un alignement encore plus étroit avec le marché unique », sans pour autant le rejoindre.

Autre signe de cette volonté de resserrer les liens, la future réintégration du Royaume-Uni dans le programme d’échanges universitaires Erasmus a été annoncée en décembre.

« Un alignement plus étroit est cohérent avec notre ambition économique, bénéficie du soutien des membres du parti et de la plupart des députés, et aidera les entreprises britanniques », défend un député travailliste auprès de l’AFP.

Plus d’audace

Au Labour, certains voudraient aller plus loin.

Treize députés ont récemment voté en faveur d’un texte présenté par le parti libéral-démocrate (centre), appelant à entamer des négociations pour rejoindre l’union douanière avec l’UE.

Le ministre de la Santé, Wes Streeting, largement considéré comme un successeur potentiel de Starmer à la tête du Labour, a dit partager cette initiative.

Mais le retour dans l’union douanière remettrait en cause les accords commerciaux signés par Londres avec d’autres pays (Inde, États-Unis, etc.).

Même au parti travailliste, certains redoutent de raviver les querelles. « Nous avions dit que nous ne rouvririons pas le débat sur le Brexit et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire », déplore auprès de l’AFP le député Labour Jonathan Hinder.

Le Labour « est terrifié à l’idée que toute initiative trop audacieuse puisse susciter des critiques de la part de Reform », souligne Ian Bond.

« Mais à moins de rejoindre à la fois l’union douanière et le marché unique, il n’est pas possible de réparer les dégâts causés par le Brexit », or cela impliquerait de fait un retour dans l’UE, ajoute l’expert.

© Agence France-Presse

Continuez la discussion en temps réél !
Rejoignez notre chaîne WhatsApp