Qui est Celeste Amarilla, la sénatrice paraguayenne qui a déclenché le courroux de Mbappé ?
Des insultes racistes publiées sur les réseaux sociaux après la défaite du Paraguay face à la France. Une réponse cinglante du capitaine des Bleus. Retour sur le parcours de celle qui a transformé une élimination sportive en scandale diplomatique.
Elle s’appelait Celeste Amarilla. En quelques heures, ce nom est devenu synonyme de scandale. Cette sénatrice paraguayenne de 61 ans, avocate de formation et femme politique chevronnée, a suffi d’une série de publications sur les réseaux sociaux pour éclipser le parcours de ses footballeurs lors de ce Mondial 2026 et déclencher une tempête internationale.
Le dérapage qui a tout fait basculer
Tout commence dans la foulée de l’élimination du Paraguay face à la France, le 5 juillet 2026, sur le score de 1-0. Dans la frustration de la défaite, Celeste Amarilla publie des propos d’une violence rare visant Kylian Mbappé.
Elle le qualifie de « brute », de « Camerounais colonisé se faisant passer pour un Français », allant jusqu’à regretter que le gardien paraguayen ne lui ait pas « giflé le visage ».
Des insultes à caractère raciste, décomplexées et revendiquées, publiées depuis le compte d’une élue nationale. Le monde n’en croit pas ses yeux.
La riposte de Mbappé est immédiate : « Madame Celeste Amarilla, vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction.
Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l’honneur tout au long de la compétition.
Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà oublié le parcours et l’effort historique que vos joueurs ont réalisés durant cette Coupe du monde pour laisser place à une dame incompétente donnant la pire image possible de son pays. »
Une réponse qui fera date. Et qui a achevé d’exposer la sénatrice à la vindicte internationale.
Qui est vraiment Celeste Josefina Amarilla Goitia ?
Née le 21 octobre 1964 à Asunción, Celeste Amarilla est le produit d’une longue immersion dans la politique paraguayenne. Militante du Parti libéral radical authentique depuis ses 18 ans, elle a même participé à la fondation de la branche jeunesse du parti, la Jeunesse libérale radicale authentique.
Son rapport aux études est pour le moins singulier. Inscrite en droit à l’Université nationale d’Asunción dès 1982, elle abandonne après sa première année.
Il faudra attendre 2004 pour qu’elle reprenne son cursus, à l’Université du Nord cette fois. Elle décroche finalement un diplôme de troisième cycle en sciences politiques en 2008, soit 26 ans après ses débuts universitaires.
Sa vie personnelle a été marquée par le deuil. Mariée en 1988 à Franklin Rafael Boccia Romañach, ingénieur et homme politique, elle perd son époux en septembre 2015. De leur union est née une fille, Juliana Boccia Amarilla.
Une carrière politique bâtie sur plusieurs décennies
Loin d’être une inconnue sur la scène politique paraguayenne, Celeste Amarilla a exercé des responsabilités publiques depuis le début des années 1990. Elle a d’abord occupé le poste de directrice des finances de la municipalité de Fernando de la Mora de 1991 à 1995, avant d’entamer une carrière législative.
Élue députée nationale en 2018, elle rejoint la Chambre des sénateurs en 2023, mandat qu’elle occupait encore au moment du scandale. Une trajectoire qui lui valait une certaine notoriété dans son pays. Jusqu’à ce 5 juillet.
Une onde de choc qui dépasse le football
La réaction ne tarde pas. En France, la condamnation est unanime et traverse les clivages politiques habituels.
Emmanuel Grégoire, maire de Paris, se dit « très choqué » et apporte son soutien à Mbappé, soulignant que « l’équipe de France ressemble à la France ». Philippe Diallo, président de la Fédération française de football, annonce un signalement au parquet pour que les propos soient « poursuivis ici comme ailleurs ». Marina Ferrari, ministre des Sports, parle de déclarations « abjectes, indignes et d’autant plus inacceptables qu’elles émanent d’une responsable politique. »
Au Paraguay, le malaise est palpable. Le sélectionneur Gustavo Alfaro avait conduit une équipe à l’honneur, qui avait su tenir tête à la France pendant 70 minutes sous une chaleur de 40 degrés à Philadelphie. En quelques tweets, une sénatrice venait de réduire cet effort à néant.
Le symbole d’un poison qui ne se guérit pas seul
Ce que révèle l’affaire Amarilla dépasse le simple fait divers. Une femme politique siégeant dans une institution nationale, formée au droit, au fait des normes internationales, a choisi de publier des attaques racistes contre un sportif. Publiquement. Sans la moindre retenue.
Mbappé l’a dit avec une clarté qui tranche : « Je ne laisserai jamais aux gens comme elle la liberté de laisser propager leur haine et leur racisme à travers le monde. »
Celeste Amarilla voulait insulter un footballeur français. Elle a réussi, involontairement, à illustrer une réalité que beaucoup préféreraient ignorer : le racisme ne disparaît pas avec l’éducation ni avec les responsabilités. Parfois, il en porte l’uniforme.