Projets criminels d’une officine liée à une loge franc-maçonne ; 22 personnes seront…

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Crédit Photo : Ouest-france

Un pilote de rallye tué, des projets d’assassinat d’un coach ou d’un syndicaliste : après quatre ans d’enquêtes, 22 personnes seront jugées aux assises de Paris, soupçonnées d’avoir participé à des degrés divers à des projets criminels attribués à une officine liée à une loge franc-maçonne nommée Athanor.

Selon l’ordonnance de mise en accusation datée de ce vendredi 12 juillet 2024 et dont l’AFP a connaissance, deux juges d’instruction ont ordonné un procès pour 19 hommes et 3 femmes, nés entre 1952 et 1996.

L’enquête avait débuté fin juillet 2020 après l’arrestation de deux hommes, militaires de la DGSE, soupçonnés d’être alors sur le point d’assassiner une figure du milieu du coaching en entreprise.

Fortuitement, ces interpellations ont permis de démanteler une officine criminelle présumée de grande envergure qui se serait noué dans le secret entre différents frères d’une loge maçonnique nommée « Athanor », basée dans les Hauts-de-Seine et liée à la Grande Loge Alliance Maçonnique Française (GLAMF).

Les téléphones des deux hommes interpellés à Créteil ont mis les enquêteurs sur la piste de Sébastien L., agent de protection rapprochée dans le privé depuis 2011.

Devant le juge d’instruction, celui-ci reconnaît avoir mandaté l’un des deux militaires pour tuer le « coach ».

Après quelques mois de flottement, l’un de ses contacts est identifié : son supérieur présumé, Daniel B., ancien commandant du renseignement intérieur.

Devant les enquêteurs, il reconnaît d’abord avoir remis à Sébastien L. le contrat ciblant l’entraîneur, et explique qu’il l’a fait sur demande d’un autre membre d’Athanor au rôle présenté comme central, Frédéric V., spécialiste de la sécurité privée.

Daniel B. évoque lui-même le projet d’assassinat d’un « syndicaliste gênant » à Bourg-en-Bresse, qu’un couple à la tête de l’entreprise où ce membre de la CGT officiait est suspecté d’avoir réclamé, mais surtout l’assassinat fin 2018, mené à terme cette fois, d’un pilote de rallye, Laurent Pasquali.

« Présumés honnêtes gens »

Interpellé à sa tournée, Frédéric V. confirme que la mission sur le coach lui vient d’un autre franc-maçon d’« Athanor », Jean-Luc B., spécialiste du conseil et de la formation continue. Puis accrédite l’existence de projets visant le syndicaliste de l’Ain et le pilote de rallye.

Ses avocats, Mes Sébastien Schapira et Pauline Lambouroud, ont indiqué à l’AFP faire appel de l’ordonnance de renvoi.

Sur près de quatre ans, l’enquête aura mis au jour plusieurs projets plus ou moins violents attribués à la cellule, avec différents commanditaires aux mobiles variables, alternant entre différends financiers, vengeances privées, rivalités professionnelles ou encore politiques.

Sylvain Berrios, maire LR de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) depuis 2014, a par exemple fait l’objet d’un projet de « faux accident » plus ancien qui aurait pu le mener, selon des protagonistes, jusqu’à « la chaise roulante » voire le « cercueil ».

Pour l’avocat de la coache, Me Joseph Cohen-Sabban, il s’agit de « l’une des affaires les plus graves de ces dernières décennies – qui mettent en cause des gens honnêtes présumés qui se comportent comme les pires des voyous ».

Au cours de l’enquête, les commanditaires et exécutants présumés se voient fréquemment renvoyer la responsabilité des actes, les premiers évoquant souvent des demandes de pressions simples sur fond de «neutralisation», tandis que les seconds ont assuré qu’ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres demandant des agressions voire des meurtres.

Certains membres de la base de l’organisation ont assuré que les commanditaires se présentaient comme missionnés par l’État pour des opérations secrètes.

« Cette décision (de renvoi, ndlr) est à l’image de la procédure: attendue, verrouillée, contestable. Nous avons hâte de la confronter enfin à un jury populaire », a commenté l’avocat de l’un des militaires de la DGSE, Me Romain Ruiz, qui compte faire appel de l’ordonnance.

« Sébastien L., dont la parole est particulièrement précieuse, est impatient de pouvoir s’expliquer devant la cour d’assises », a pour sa part réagi son conseil Me Antoine Ory.

Le parquet de Paris avait requis un procès pour 23 personnes, mais l’un des mis en examen, un policier qui était accusé d’avoir consulté des dossiers confidentiels, a entraîné un non-lieu.

«Cette décision logique fait que notre client n’a jamais eu la moindre connaissance des projets criminels», a déclaré son avocat Me Julien Fresnault.

L’avocat de Daniel B. n’a pas souhaité s’exprimer, et l’avocate de Jean-Luc B. n’a pas donné suite dans l’immédiat aux sollicitations de l’AFP.

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