A l’arrêt depuis la catastrophe de Fukushima il y a quinze ans, la centrale nucléaire japonaise de Kashiwazaki-Kariwa doit redémarrer en janvier 2026 alors que le tabou du nucléaire, civil mais aussi militaire, s’estompe dans l’archipel.
Kashiwazaki-Kariwa, à 220 kilomètres au nord-ouest de Tokyo. Un gigantesque complexe sur 400 hectares en bord de mer. La plus grande centrale nucléaire au monde, à l’arrêt depuis quinze ans et la catastrophe de Fukushima.
Dix-huit-mille morts, un traumatisme national et mondial : tous les réacteurs japonais sont alors fermés. Quatorze d’entre eux ont depuis rouvert. Et si ce redémarrage-là est particulièrement commenté, c’est parce qu’il concerne une centrale exploitée par Tepco, le gestionnaire de la centrale de Fukushima.
Une première qui n’est pas vraiment du goût de la population locale. SIx habitants sur dix s’opposaient à cette réouverture mais les autorités locales ont passé outre.
La réactivation de la centrale, ce sont de nouveaux emplois, des factures d’électricité qui vont baisser – et la garantie que la capitale, Tokyo, ne sera pas à court d’électricité, alors que les centrales thermiques qui alimentent la mégapole doivent fermer l’été prochain.
Sécurité énergétique et neutralité carbone
Le Japon veut atteindre la neutralité carbone en 2050. Il est un pays pauvre en ressources qui veut réduire sa dépendance aux combustibles fossiles.
Le charbon et le GNL importés représentent les deux tiers de sa production d’électricité. Et même si sa population diminue le Japon ne fait d’enfants sa consommation va augmenter avec les besoins de l’intelligence artificielle.
La nouvelle Première ministre Sanae Takaichi présente le retour à l’atome comme une nécessité. Elle soutient le redémarrage des centrales nucléaires engagé par ses prédécesseurs, au nom d’une sécurité énergétique menacée par les tensions géopolitiques.
Quinze ans après la catastrophe de Fukushima, la promesse de sortie du nucléaire est oubliée – et il n’y a pas que le Japon qui est concerné. Avant Fukushima il y a eu Tchernobyl – c’était il y a bientôt quarante ans.
Des traumatismes mondiaux qui s’estompent à mesure que sonne le réveil du nucléaire, vu partout sur la planète – et notamment en Europe – comme une source d’électricité bas carbone donc utile pour lutter contre le dérèglement climatique.
Le Japon relance son nucléaire civil. Et le débat ne s’arrête pas là. A Hiroshima et Nagazaki les 6 et 9 août 1945, la seconde guerre mondiale s’est achevée dans le feu atomique. Plus de deux cent dix mille morts, et pourtant le tabou du nucléaire militaire vacille au Japon.
Jeudi 18 décembre, une petite phrase de l’un des plus proches conseillers de la Première ministre a fait scandale. Des propos « off » tenus devant la presse, selon lesquels l’archipel « doit posséder des armes nucléaires ».
C’est une rupture majeure pour le Japon qui jusqu’ici respectait trois principes : ne pas posséder, produire ni autoriser la présence d’armes nucléaires – américaines, par exemple – sur son territoire.
Cet interdit, la première ministre ultranationaliste n’exclut pas de le revoir, sous la pression de l’extrême-droite nippone qui milite pour la sortie du traité de non-prolifération (TNP), traité signé et ratifié par Tokyo.