Une rumeur affirmant qu’un homme aurait vendu son testicule droit pour 1,4 milliard de FCFA à Bamenda fait beaucoup parler au Cameroun. Présentée sur les réseaux sociaux comme une information spectaculaire, cette histoire n’a toutefois fait l’objet d’aucune confirmation officielle ou indépendante permettant d’en établir la véracité.
Une autre question mérite surtout d’être posée : existe-t-il réellement un marché permettant de vendre légalement un testicule humain ?
La réponse est non.
Aucun marché légal pour les testicules humains
La Testicular Cancer Foundation indique qu’il n’existe aucun programme médical ou universitaire permettant à une personne de vendre ou de donner son testicule contre rémunération. Aucun prix officiel n’existe donc pour un testicule humain et aucun établissement médical ne dispose d’une grille tarifaire pour ce type d’organe.
Le montant de plusieurs dizaines de milliers de dollars régulièrement évoqué sur Internet est lui-même lié à une histoire ancienne et largement déformée.
Il ne s’agissait pas d’un marché de testicules, mais d’un projet d’essai clinique évoqué aux États-Unis en 2013.
D’où vient l’histoire des 35 000 dollars ?
En 2013, Mark Parisi, participant à une émission de téléréalité américaine, avait expliqué qu’il envisageait de participer à un essai clinique au cours duquel un testicule sain devait être retiré et remplacé par une prothèse, avec une compensation financière annoncée de 35 000 dollars.
Mais l’intervention n’a finalement jamais eu lieu.
Parisi aurait été écarté après des examens médicaux et le projet d’étude n’a pas abouti comme certains récits diffusés sur Internet ont pu le laisser croire.
Au fil des années, cette histoire a été transformée en une prétendue possibilité de « vendre son testicule », donnant naissance à un mythe régulièrement recyclé sur les réseaux sociaux.
Peut-on donner un testicule ?
La question est différente lorsqu’on parle de transplantation.
Selon la Testicular Cancer Foundation, les transplantations de testicule restent extrêmement rares. Les cas historiques rapportés concernent notamment des jumeaux génétiquement identiques, pour lesquels les problèmes de compatibilité sont considérablement réduits.
Pourquoi une transplantation classique est-elle si complexe ?
D’abord en raison du rejet immunitaire. Un organe provenant d’une personne génétiquement différente peut être reconnu comme étranger par le système immunitaire du receveur, ce qui nécessiterait des traitements lourds destinés à empêcher son rejet.
Mais un autre problème, beaucoup plus particulier, concerne la reproduction.
Le testicule transplanté conserve l’identité génétique du donneur
Un testicule ne fonctionne pas comme un simple organe mécanique que l’on pourrait remplacer sans conséquence génétique.
S’il était transplanté d’une personne à une autre, les spermatozoïdes produits seraient ceux du donneur, puisque les cellules à l’origine de leur production portent le patrimoine génétique du donneur.
Autrement dit, dans l’hypothèse d’une transplantation entre deux hommes génétiquement différents, un enfant conçu à partir des spermatozoïdes produits par le testicule transplanté serait biologiquement apparenté au donneur et non au receveur.
Cette particularité soulève des questions médicales, éthiques et juridiques considérables.
Et l’histoire des 1,4 milliard de FCFA au Cameroun ?
C’est précisément là que la prudence s’impose.
À ce jour, l’affirmation selon laquelle un homme de Bamenda aurait vendu son testicule droit pour 1,4 milliard de FCFA n’est pas étayée par une confirmation indépendante connue.
Le fait qu’une publication soit largement partagée sur Facebook, TikTok, WhatsApp ou d’autres plateformes ne constitue pas une preuve.
L’histoire peut également avoir été construite à partir de récits plus anciens sur le prétendu « prix » d’un testicule, alors qu’aucun marché légal correspondant à ce montant n’existe.
