Depuis le lundi 23 mars 2026, de longues files de véhicules, en manque de carburant, s’allongent dans plusieurs stations-service de Kinshasa, capitale de la RDC. Taximen, conducteurs de bus et automobilistes patientent des heures sans garantie d’être servis. Dans cette mégapole de plus de 17 millions d’habitants, les conséquences se font déjà sentir sur les déplacements urbains.
Pourtant, les stocks existent. La ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola, a lancé un message sans ambiguïté : « Le seul message le plus important à lancer aujourd’hui aux Kinois, c’est un message d’apaisement. Il n’y a pas de problème de carburant à Kinshasa et à l’intérieur du pays. C’est une rumeur, le carburant est disponible. La population doit garder son calme ». Ces déclarations sont intervenues après une visite dans les installations de SEP Congo, dans la commune de la Gombe. Le directeur général de SEP Congo, Malick Ndiaye, a confirmé que les réserves sont disponibles en gasoil comme en essence, pour la capitale et les provinces.
Les files d’attente ne résultent donc pas d’un manque réel de produits. La ministre a désigné les informations non vérifiées comme principale cause de la pression sur les stations, les rumeurs créant une demande artificielle qui perturbe la distribution. Ce mouvement de ruée affecte également la circulation dans certains quartiers, notamment à Limete et Kingabwa.
Face à cette tension, le gouvernement a opté pour une riposte coordonnée. Un communiqué conjoint publié le 23 mars par les ministères de l’Économie nationale et des Hydrocarbures annonce des mesures destinées à alléger les coûts d’importation et de transport des produits pétroliers. Le gouvernement prévoit également un soutien à la trésorerie des opérateurs et un renforcement des procédures de dédouanement pour fluidifier la mise à disposition des produits. Ces décisions prolongent celles arrêtées lors du Conseil des ministres du 13 mars, qui avait évalué les stocks à une couverture suffisante jusqu’en juin et annoncé de nouvelles cargaisons.
Selon Radio Okapi, le gouvernement évoque un déséquilibre « économique, logistique et fiscal » pour expliquer les perturbations observées sur le terrain. Des ajustements sont en cours, impliquant plusieurs ministères, dont celui des Finances, sur la régulation des prix et la fiscalité.
La toile de fond est internationale. Le prix du baril de pétrole est passé de 62,5 dollars en janvier à 103,5 dollars en mars 2026. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran, perturbent les circuits d’approvisionnement mondial. La RDC, qui importe l’intégralité de ses produits raffinés, absorbe de plein fouet ces fluctuations. Dans une ville où le transport routier régit la distribution des marchandises, toute hausse du prix du carburant se répercute rapidement sur les produits alimentaires et les biens de consommation courante. Les économistes avertissent que le pouvoir d’achat des ménages kinois, déjà fragilisé, pourrait encore s’éroder si la situation se prolonge.
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