OMC : À Yaoundé, le choc des modèles entre protectionnisme américain et multilatéralisme

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Crédits photo : x.com / @OMC en français

La quatorzième Conférence ministérielle de l’OMC se tient du 26 au 29 mars 2026 à Yaoundé, au Cameroun. Des ministres représentant 164 membres de l’organisation y examinent l’état du système commercial mondial. Leur verdict est attendu sur des dossiers bloqués depuis plusieurs années.

Cette réunion est la première depuis le début du second mandat de Donald Trump, qui remet en cause les règles de l’OMC par des droits de douane et des accords commerciaux bilatéraux. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a prévenu sans ambages : «L’OMC doit évoluer si elle veut conserver une quelconque pertinence à mesure que le système commercial international se réoriente vers la réciprocité et l’équilibre.» Washington pousse notamment à réviser le principe de la nation la plus favorisée. Ce pilier de l’organisation garantit un traitement égal entre tous les partenaires commerciaux. La Chine et plusieurs pays en développement s’opposent fermement à toute remise en cause de ce fondement.

La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a appelé Yaoundé à ouvrir ce qu’elle a désigné comme «un nouveau chapitre dans l’histoire du système commercial multilatéral». Elle a imputé la montée de l’unilatéralisme à l’«échec collectif» des membres de l’organisation à répondre aux «frustrations» des pays au fil des ans. Avant l’ouverture des travaux, elle avait qualifié cette conférence de «Turning Point Ministerial», une réunion où l’organisation peut montrer qu’elle prend les critiques au sérieux pour se repositionner.

Trente ans après l’accord de Marrakech, l’OMC se trouve confrontée à des difficultés relatives à l’administration des accords et au règlement des différends. L’organe d’appel chargé de trancher les litiges reste paralysé depuis 2019, faute d’accord sur la nomination de ses membres. Les 166 membres apparaissent profondément divisés avant cette conférence, dans un contexte de fortes turbulences de l’économie mondiale liées à la guerre au Moyen-Orient.

Le programme des quatre jours est chargé. Les séances du 27 mars seront consacrées à la réforme de l’OMC, facilitées par des ministres. Une séance plénière sur la réforme de l’organisation se tiendra en fin de journée. Le troisième jour portera sur la réforme du règlement des différends, les subventions à la pêche, l’accord sur la facilitation de l’investissement pour le développement, le commerce électronique et l’agriculture.

Les pays africains arrivent à Yaoundé avec la volonté de mieux structurer leurs positions communes, notamment sur l’industrialisation, la sécurité alimentaire, le commerce numérique et la réforme de l’OMC. Avec environ 54 pays et plus de 1,4 milliard de personnes, le continent pèse pourtant marginalement dans les échanges mondiaux. Les délégations africaines refusent de perpétuer le schéma où l’Afrique exporte des matières premières et importe des produits manufacturés. Sur la table figurent les subventions agricoles des pays développés, qui écrasent les producteurs africains sur les marchés internationaux, ainsi que les barrières bloquant l’accès des produits transformés africains aux grands marchés.

Pour le Cameroun, l’organisation de cette conférence est une réussite diplomatique qui offre une tribune pour mettre en avant les priorités africaines dans le commerce multilatéral. Après Nairobi en 2015, c’est la seconde fois qu’une conférence ministérielle de l’OMC se tient sur le continent africain. Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre camerounais du Commerce et président de la CM14, a assuré que «le Cameroun ne ménagera aucun effort pour assurer les dispositions logistiques de la réunion et accompagner les négociations de fond».

La fracture entre grandes puissances commerciales réduit les chances d’un consensus fort. L’Inde et les États-Unis ont exprimé des réserves sur la feuille de route proposée avant même l’ouverture. Le président de la conférence a estimé qu’une majorité de membres, « à quelques exceptions près », était prête à accepter le projet de déclaration ministérielle révisé, qui «ouvre la voie à des négociations ciblées après la CM14 sans en préjuger les résultats». Les quatre jours de Yaoundé mesureront la résistance du multilatéralisme face à la pression des intérêts nationaux.

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