Au Nigeria, le président Bola Tinubu a décidé de renforcer l’encadrement des prêts numériques, afin d’assainir le secteur financier et de mieux protéger les consommateurs.
En effet, les prêts numériques ont connu une expansion fulgurante en Afrique, devenant un recours essentiel pour des millions de ménages qui s’en servent pour gérer leurs dépenses quotidiennes ou soutenir de petites activités commerciales. Mais cette popularité grandissante a poussé les autorités à renforcer leur contrôle sur le secteur.
Ainsi, la Federal Competition and Consumer Protection Commission (FCCPC) a imposé de nouvelles règles strictes, en vigueur depuis le 25 juillet 2025. Désormais, toute entorse à la réglementation expose les prêteurs numériques à des sanctions pouvant atteindre 100 millions de nairas (près de 65 000 dollars) ou 1 % de leur chiffre d’affaires annuel. Le dispositif prévoit également des interdictions d’exercer pour les dirigeants fautifs, l’instauration de nouveaux frais de licence, un partage accru des données avec l’État et des limites sur la structure de participation des entreprises.
Ce durcissement est la continuité d’un processus entamé depuis 2022, après des années durant lesquelles les plateformes de crédit opéraient presque sans contraintes, appliquant des taux exorbitants et recourant à des pratiques de recouvrement jugées abusives.
Depuis, la liste des acteurs agréés n’a cessé de croître. En juillet 2025, des estimations sectorielles parlaient d’environ 400 opérateurs autorisés, contre moins de 120 deux ans auparavant, même si la FCCPC laisse entendre que le chiffre réel est légèrement inférieur.
Ce cadre plus strict intervient alors même que les investisseurs continuent de miser sur la solidité du crédit numérique africain.
Après un pic compris entre 1,4 et 2,5 milliards de dollars investis en 2022 dans les fintechs du continent, le volume est retombé à 500-800 millions en 2023, sous l’effet du resserrement monétaire mondial et de l’inflation. Les start-ups spécialisées dans le crédit ont tout de même capté près d’un quart de ce financement, et le Nigeria a conservé son leadership continental en attirant entre 110 et 150 millions de dollars.
En 2023, les applications nigérianes ont octroyé environ 145 millions de prêts pour une valeur totale de 2,1 milliards de dollars, souvent pour de petites sommes inférieures à 20 dollars, utilisées pour des besoins quotidiens ou de microentreprises. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, on estime que 425 millions de prêts numériques ont été accordés cette année-là, pour un montant global de 8,9 milliards de dollars. Ces chiffres, bien que non officiels, montrent une tendance forte : la faible valeur unitaire des prêts est compensée par leur fréquence élevée, ce qui soutient la croissance du secteur.
Mais la mise en conformité a un coût. Selon les dirigeants du secteur, les dépenses liées aux obligations réglementaires et aux services juridiques représentent désormais près de 7 % des charges d’exploitation, soit plus du double du niveau de 2022. Les investisseurs en capital-risque, eux aussi, s’ajustent : leurs contrats intègrent désormais des décotes et des clauses de garantie pour les entreprises non encore licenciées.
Le Nigeria n’est pas isolé dans cette démarche. Le Kenya, par exemple, n’a validé qu’environ 126 prêteurs numériques sur plus de 700 candidats depuis la mise en place de son régime en 2022.
Par contre, l’Afrique du Sud, plafonne les taux effectifs annuels à 24 %.
De son côté, le Ghana finalise encore son projet de réglementation, tandis que l’Ouganda et la Tanzanie ont privilégié des environnements de test (« sandboxes ») pour attirer de jeunes start-up.
Malgré la pression réglementaire, des perspectives positives émergent. Le marché nigérian de la finance intégrée, et particulièrement le modèle « Buy Now Pay Later » (BNPL), devrait générer 1,3 milliard de dollars en 2024 et grimper à 3,5 milliards d’ici 2029.
Des géants télécoms comme MTN et Airtel explorent déjà ce créneau dans les pays voisins. En parallèle, le cadre de l’open banking, lancé en 2023 au Nigeria et appelé à être pleinement opérationnel cette année, devrait réduire les coûts d’acquisition des clients et améliorer l’évaluation du risque de crédit grâce à un accès plus large aux données financières.
Cette combinaison entre réglementation renforcée et meilleure circulation des données pousse le secteur vers une consolidation. Les acteurs les mieux financés, capables d’absorber les coûts de conformité tout en innovant, sortiront renforcés.
Pour des millions de Nigérians encore exclus du système bancaire classique, cela pourrait signifier un accès élargi au crédit, cette fois dans un cadre plus sûr et protecteur.
En clair, sous la présidence de Bola Tinubu, le Nigeria trace la voie vers un crédit numérique plus encadré mais aussi plus durable.