Moyen-Orient et Afrique du Nord : pourquoi 90 % des adultes ont un smartphone, mais seulement 40 % un compte bancaire dans les pays arabes ?

Voici pourquoi garder votre ancien téléphone dans un tiroir est une très mauvaise idée

Crédits photo : ecran mobile

Dans les pays arabes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, seulement la moitié des adultes qui ont un compte bancaire, selon une note de Global Findex publié ce mois de juin 2026.

La note intitulée « Connectivité numérique et inclusion financière dans les pays arabes », examine les progrès de la région en matière d’inclusion financière, évalue les vulnérabilités financières et identifie les voies à suivre pour renforcer la résilience économique, en s’appuyant sur les données les plus récentes du Global Findex 2025.

Les taux de connectivité élevés ne permettent pas encore une inclusion financière élevée dans les pays arabes.

Dans les pays arabes à revenu faible et intermédiaire d’Afrique et d’Asie, 90 % des adultes possèdent un téléphone portable, un taux supérieur à la moyenne mondiale (84 %). Dans des pays comme l’Irak, la Jordanie et le Liban, ce taux élevé de possession de smartphones entraîne une utilisation d’Internet supérieure à la moyenne. Les réseaux sociaux sont très populaires : près de 60 % des adultes de la région les utilisent. La population consulte également l’actualité en ligne, accède à des ressources pédagogiques et recourt de plus en plus aux services publics. C’est au Liban et en Cisjordanie que l’on observe la plus forte proportion d’adultes accédant à l’information en ligne pour apprendre, se former ou s’instruire.

En matière de possession de comptes financiers, la situation est radicalement différente. Seuls 40 % des adultes des pays arabes à revenu faible ou intermédiaire possèdent un compte bancaire ou un compte fintech (comme un service de paiement mobile). Bien que ce taux ait progressé de 16 points de pourcentage depuis 2014, la progression est plus lente que dans d’autres pays à revenu faible ou intermédiaire, où les innovations fintech ont accéléré l’adoption des comptes, atteignant en moyenne 75 % des adultes.

L’égalité d’accès aux comptes bancaires est également faible dans de nombreux pays arabes. Les femmes ont en moyenne 17 points de pourcentage de moins de chances que les hommes de posséder leur propre compte financier, et les adultes appartenant aux 40 % des ménages les plus modestes ont 13 points de pourcentage de moins de chances d’en posséder un que ceux appartenant aux 60 % des ménages les plus aisés. Les adultes vivant en milieu rural ont également 8 points de pourcentage de moins de chances que les citadins de posséder un compte bancaire.

Les écarts sont encore plus marqués en ce qui concerne l’utilisation des comptes, notamment pour l’épargne et les emprunts. Si 31 % des adultes épargnent, seuls 13 % le font via un compte. La plupart privilégient des méthodes informelles comme les groupes d’épargne ou des personnes de confiance. On observe une tendance similaire pour les emprunts : 55 % des adultes empruntent, mais seulement 8 % font appel à des organismes de crédit formels, la famille et les amis étant la principale source de crédit. À l’instar de la possession d’un compte, l’utilisation des comptes présente des disparités importantes pour les femmes et les adultes à faibles revenus.

Bien que l’utilisation des paiements numériques soit en hausse, elle reste insuffisante. En 2024, près de 30 % des adultes ont effectué ou reçu un paiement numérique, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. Les pays dotés d’infrastructures de paiement robustes et de politiques favorables montrent comment l’adoption peut s’accélérer. Les transferts directs de l’État aux particuliers se sont avérés particulièrement efficaces, la plupart des bénéficiaires recevant les fonds directement sur leur compte. Les paiements marchands demeurent toutefois rares, avec seulement 8 % des adultes qui les utilisent.

La santé financière demeure un défi dans les pays arabes

Malgré le faible taux d’inclusion financière des adultes dans les pays arabes à revenu faible et intermédiaire, 54 % des adultes interrogés ont répondu par l’affirmative à la question de savoir s’ils pouvaient accéder à des fonds d’urgence équivalents à 5 % du revenu par habitant.

Le recours à la famille ou aux amis, bien que toujours la source la moins fiable à l’échelle mondiale, fonctionne mieux dans les pays arabes, où plus de la moitié des personnes qui se tourneraient vers leurs proches estiment qu’il serait facile d’obtenir l’argent.

Pourtant, dans le même temps, moins de la moitié des adultes des pays arabes en développement seraient capables de subvenir à leurs besoins pendant plus d’un mois en cas de perte de leur principale source de revenus.

Ceci souligne l’importance des produits financiers formels, tels que l’épargne, le crédit et l’assurance, pour renforcer la résilience.

Le financement des dépenses de santé représente également un défi. Dans les pays arabes, près d’un adulte sur cinq emprunte pour des raisons médicales, recourant presque exclusivement à des sources de crédit informelles. Ce constat corrobore l’observation selon laquelle plus d’un quart des adultes des pays arabes considèrent les dépenses médicales comme leur principale source de préoccupation financière, soulignant ainsi le lien entre les problèmes de santé et la précarité financière.

 

L’accessibilité financière est le principal obstacle à l’inclusion numérique et financière.

Le principal obstacle à l’inclusion numérique et financière dans les pays arabes est le coût. Parmi les adultes des pays à revenu faible ou intermédiaire qui ne possèdent pas de téléphone ou seulement un modèle basique, la moitié déclare ne pas pouvoir s’offrir un smartphone. De même, la majorité des adultes sans compte bancaire affirment ne pas avoir les moyens d’en ouvrir un ou que les frais sont trop élevés.

Il existe également un facteur de confiance. Entre 40 % et 65 % des adultes sans compte bancaire déclarent avoir besoin d’aide pour l’utiliser s’ils en ouvraient un. Au Liban et au Maroc, 20 % des adultes sans compte bancaire en ont possédé un par le passé, ce qui laisse penser que des expériences négatives ou peu concluantes avec les banques ou les fintechs ont pu les dissuader de continuer à utiliser ce service.

Ces données indiquent que les bases de l’inclusion financière sont solides. Les téléphones sont à portée de main, internet est accessible et les gens sont déjà à l’aise avec les activités numériques. Le défi consiste désormais à traduire cet engagement numérique en une véritable inclusion financière qui améliore concrètement la résilience et les perspectives économiques des individus, et ce, de manière équitable, afin que les femmes, les adultes les plus démunis et les populations rurales puissent participer à l’économie formelle.

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