Matières premières : Mali, Burkina Faso et Togo donnent des sueurs froides au Nigeria

Matières premières Mali, Burkina Faso et Togo donnent des sueurs froides au Nigeria

Crédit photo : DR

Le Nigeria explique sa décision de suspendre l’exportation de l’une de ses principales matières premières, le karité brut, par celle du Mali, du Burkina Faso et du Togo.

Le géant d’Afrique de l’Ouest aurait donc suivi la tendance afin de ne pas devoir, à lui seul, faire face à toute la demande de karité.

Matières premières : le Nigeria ferme l’accès au karité après le Mali, le Burkina Faso et le Togo

Le 27 août 2025 sur X, le président Bola Tinubu a annoncé la suspension de l’exportation du karité brut, soit près d’un an après l’interdiction de l’exportation de cette matière première par le président de transition du Burkina Faso, Ibrahim Traoré. Le Togo, grand ami des pays de l’AES, avait pris la même décision en avril dernier.

Le Nigeria a donc dû revoir sa copie. Le pays de Tinubu produit « près de 40 % de l’approvisionnement mondial », selon le président.

Pourtant, malgré son poids dans la production du karité brut, le pays ne gagne au finish que moins de 1 % d’un marché mondial estimé à 6,5 milliards de dollars. Un déséquilibre qu’il compte résoudre par la suspension de l’exportation.

En effet, la suspension de l’exportation a pour but de réserver le karité brut aux industries du pays. Le karité sera transformé avant d’être exporté afin de tirer plus de profit.

Le Nigeria coupe ainsi l’herbe sous le pied des entreprises étrangères qui viennent dans le pays acheter le karité brut pour le transformer et le revendre dans le pays ou sur le continent.

« Les voisins ont imposé des restrictions pour protéger leurs industries »

Si le Nigeria a décidé d’adopter cette politique, c’est parce qu’il s’est inspiré de ses voisins. « Les voisins régionaux tels que le Ghana, le Burkina Faso, le Mali et le Togo ont déjà imposé des restrictions pour protéger leurs industries », a expliqué Sen. Abubakar Kyari, ministre de l’Agriculture du Nigeria.

Cette décision rend le Nigeria vulnérable et le laisse « comme une exception et un point chaud pour les achats opportunistes et non réglementés ».

Il poursuit en disant : « Les exportations informelles, estimées à 90 000 tonnes par an, épuisent notre approvisionnement intérieur.

Alors que des voisins comme le Mali, le Burkina Faso et le Togo restreignaient déjà les exportations de matières premières, le Nigeria risquait de devenir le principal entrepôt de matières premières de la région. »

Sen. Abubakar Kyari a donné les avantages de cette interdiction temporaire d’exportation de karité brut. « Cela garantira l’approvisionnement national, permettra aux transformateurs de fonctionner à pleine capacité, freinera le commerce informel et posera les bases de la transition du Nigéria de l’exportation d’amandes brutes à l’exportation de produits dérivés à haute valeur ajoutée tels que le beurre, l’oléine et la stéarine. »

Enorme potentiel du karité pour le Nigéria

Le commerce du karité représente un énorme potentiel pour le Nigéria. Ce secteur « pourrait générer plus de 300 millions de dollars par an à court terme et positionner le Nigéria pour capturer une part importante du marché mondial projeté à 9 milliards de dollars d’ici 2030 », a indiqué le ministre de l’Agriculture.

Le karité est l’un des rares produits pour lesquels le pays bénéficie d’un avantage comparatif et absolu. Avec plus de cinq millions d’hectares de karité sauvage, le Nigéria dispose des atouts naturels nécessaires pour dominer non seulement la production, mais aussi la transformation à valeur ajoutée.

« Le karité est identifié dans notre Plan Zéro Pétrole comme une exportation stratégique non pétrolière.

Avec une croissance prévue du marché mondial de 6,5 milliards de dollars aujourd’hui à 9 milliards de dollars d’ici 2030, le Nigéria peut se positionner au cœur de cette expansion », a souligné Kyari.

Protéger l’emploi des femmes

Le ministre a également noté que, puisque 90 % des cueilleurs et des transformateurs de karité sont des femmes.

L’investissement dans cette chaîne de valeur se traduirait directement par l’autonomisation des femmes, la création d’emplois ruraux et des moyens de subsistance durables.

Cela, a-t-il déclaré, s’aligne sur l’accent mis par l’administration Tinubu sur l’autonomisation des femmes et sur l’engagement du ministère fédéral de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire « non seulement de soutenir la population rurale, mais aussi de créer une voie pour le développement économique national ».

Le ministre Kyari a poursuivi : « Les raisons de cette directive présidentielle sont claires. Sans mesures correctives, le Nigéria risque de devenir un dépôt de matières premières pour des acheteurs opportunistes et illicites, de saper les capacités de nos transformateurs, de priver les femmes rurales de leur pouvoir d’action et de perdre des milliards de dollars de recettes d’exportation potentielles. »

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