Le Mali vient de renforcer son emprise sur son or. Le Conseil national de transition a adopté une loi le 30 juin 2026. Ce texte ratifie la création de l’Office malien des substances précieuses, l’OMASP. Les conseillers ont voté à l’unanimité, avec cent vingt voix favorables. Cette structure dépend désormais du ministère de l’Industrie et du Commerce.
L’OMASP doit centraliser la commercialisation de l’or et des autres minerais précieux. Selon APAnews, l’organisme encadrera aussi les transactions liées à l’orpaillage. Ce segment reste difficile à surveiller pour l’administration malienne. Pourtant, il concentre une part importante des ventes réelles d’or.
L’or demeure le premier produit d’exportation du Mali. Les mines industrielles en produisent environ soixante tonnes chaque année. Parallèlement, près de deux millions de personnes travaillent dans l’exploitation artisanale. Cette activité se répartit sur environ trois cent cinquante à quatre cents sites. Beaucoup de ces sites échappent encore aux statistiques officielles de l’État.
Un rapport de l’ONG suisse SWISSAID éclaire l’ampleur du problème. Selon Africanews, les exportations d’or non déclarées atteindraient entre trente et cinquante-sept tonnes par an. Leur valeur oscillerait entre 1,98 et 3,77 milliards de dollars annuels. Sur la période 2012-2022, environ trois cents tonnes auraient échappé aux douanes. Cela représenterait une perte cumulée proche de 13,5 milliards de dollars. Ces écarts entre déclarations locales et données étrangères ont motivé la réforme.
Pour l’État malien, l’enjeu financier reste considérable. En 2022, la production totale d’or a dépassé soixante-douze tonnes. Ce secteur avait alors généré 763 milliards de francs CFA de recettes publiques. Sa contribution au produit intérieur brut dépassait neuf pour cent. Ces chiffres expliquent pourquoi Bamako veut mieux maîtriser cette ressource.
La création de l’OMASP prolonge des réformes engagées depuis 2023. Le nouveau code minier avait déjà augmenté la participation de l’État dans les projets industriels. Des audits sectoriels ont ensuite permis de récupérer plusieurs centaines de milliards de francs CFA d’arriérés. Le gouvernement a aussi lancé une raffinerie d’or à Sénou, près de Bamako. Cette usine, réalisée avec des partenaires russes, doit traiter jusqu’à deux cents tonnes par an.
Concrètement, l’Office devient l’unique structure autorisée à exporter l’or malien. Cette mesure vise à réduire les sorties informelles vers les pays voisins. Elle doit aussi limiter les fuites de devises hors du territoire national. Pour les jeunes actifs dans l’orpaillage, les changements restent progressifs. Les comptoirs d’achat et les collecteurs devront s’adapter aux nouvelles règles de traçabilité.
Au-delà des recettes fiscales, la réforme touche aussi la sécurité intérieure. Une partie de l’or artisanal alimente parfois des réseaux informels transfrontaliers. Ces circuits profitent parfois à des groupes armés actifs dans certaines zones. Mieux encadrer les comptoirs d’achat pourrait donc réduire ces financements parallèles. La sécurisation des sites miniers reste un objectif annexe de cette réforme.
Pour les jeunes orpailleurs, les procédures de vente devraient évoluer rapidement. Ils devront sans doute passer par des comptoirs agréés par l’OMASP. Cette évolution vise à sécuriser leurs revenus et à limiter les abus. Les autorités promettent davantage de transparence dans la fixation des prix. À terme, cette réforme pourrait aussi faciliter l’accès à des financements formels.
Le défi consiste désormais à formaliser un secteur vital pour de nombreuses familles. L’orpaillage reste une source de revenus essentielle pour des communautés rurales entières. L’État devra donc concilier contrôle renforcé et maintien des emplois locaux. L’avenir de la filière aurifère malienne dépendra de cet équilibre.
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