La situation reste tendue en Nouvelle-Calédonie après l’adoption par l’Assemblée nationale de France, dans la nuit du 14 au 15 mai 2024, d’une réforme constitutionnelle controversée visant à élargir le corps électoral des scrutins locaux.
Un vote qui a eu lieu sur fond de violentes émeutes, illustrant l’extrême sensibilité du dossier calédonien, nous apprend nos confrères de l’AFP.
Malgré les 351 voix favorables à l’Assemblée nationale, le chemin reste semé d’embûches pour ce projet de réforme constitutionnelle.
Il devra en effet réunir les trois cinquièmes des suffrages lors d’un prochain Congrès à Versailles. Une étape que l’exécutif dit vouloir différer, pour laisser une dernière chance au dialogue entre les parties prenantes locales.
Car c’est bien l’élargissement envisagé du corps électoral propre aux provinces calédoniennes qui attise la colère des indépendantistes.
Voir de nouvelles franges de la population autorisées à prendre part à ces scrutins cruciaux remettrait en cause, selon eux, les fragiles équilibres ethnopolitiques issus des accords de Nouméa.
Un risque de « minorisation » du peuple kanak que dénoncent avec force les mouvements indépendantistes.
Leur crainte ? Voir cette réforme avantager le camp loyaliste au fil des élections, au détriment des revendications d’émancipation portées depuis des décennies.
Injustice ressentie, peur d’une marginalisation renforcée, persistance de lourdes inégalités socio-économiques…
Les ferments de la contestation sont multiples et puisent leurs racines dans un lourd passé colonial que le processus de décolonisation engagé peine à apaiser durablement.
Aussi, le passage en force dénoncé par les indépendantistes sur ce texte controversé n’a fait qu’aviver les tensions dans les rues de Nouméa.
Un climat de défiance généralisée entre les camps qui alimente un cycle délétère de violences urbaines et de répression policière.
Face à cette crise polymorphe, le gouvernement français reste déterminé à poursuivre son ambition réformiste. Quitte à provoquer un nouveau soubresaut de la jeunesse kanak, qui voit perdurer une « logique néocoloniale » avec ce projet constitutionnel.
Un défi de taille pour l’exécutif, qui devra convaincre de la légitimité de son intervention, sans renier les avancées nées des douloureux compromis du passé en Nouvelle-Calédonie.
Un équilibre désespérément fragile à retrouver dans l’une des dernières souches du processus de décolonisation français.
© avec l’AFP
Retrouvez l’essentiel de l’actualité sur notre compte Tiktok.