Les réfugiés burundais chassés de Tanzanie

Son Excellence Evariste NDAYISHIMIYE, Président de la République du Burundi

Les bus s’enchaînent ces dernières semaines à la frontière burundo-tanzanienne, transportant des milliers de Burundais réfugiés qui dénoncent la destruction de leurs camps et des « rapatriements forcés » menés par les autorités tanzaniennes, ajoutant craindre pour leur sécurité au Burundi.

La Tanzanie a été terre d’asile de centaines de milliers de Burundais ayant fui ces dernières décennies la guerre civile, des répressions sanglantes et une insondable crise économique dans leur pays d’Afrique des Grands Lacs.

Environ 142.000 d’entre eux vivaient encore fin 2025 dans les camps tanzanien de Nduta et de Nyarugusu, près de la frontière burundaise, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui a annoncé en décembre un accord avec le Burundi et la Tanzanie sur l’accélération des retours – encouragés depuis 2017 -, insistant sur leur caractère volontaire.

Plus de 28.000 réfugiés burundais sont rentrés depuis début 2026, selon le HCR. Mais nombre d’entre eux affirment avoir été poussés à bout, sur fond de discours xénophobe.

Gérard, un ancien infirmier de 33 ans et membre d’un parti d’opposition, raconte que sa modeste habitation dans le camp de Nduta a été détruite par des hommes munis de grosses branches, appuyés par des agents du ministère tanzanien de l’Intérieur. Il vit désormais dans une hutte avec sa famille, toujours en Tanzanie.

« On ne peut rien faire car les policiers nous tirent dessus si nous essayons de résister », se désole-t-il auprès de l’AFP.

– « Coercition à 100% » –

Des secteurs entiers des camps, dont des églises, ont été détruits, les écoles et les hôpitaux fermés, relatent plusieurs réfugiés qui se sont aussi dits empêchés de sortir et de cultiver, et ont dénoncé auprès de l’AFP la passivité des employés du HCR face à des violences et des arrestations.

« Il s’agit donc d’une coercition à 100% et de ce fait totalement illégale », dénonce à l’AFP Stephanie Schwartz, une spécialiste des questions migratoires de la London School of Economics.

Le HCR a exprimé son « inquiétude », reconnaissant des démolitions et la « pression considérable » qu’exerce sur les réfugiés la détérioration de leurs conditions de vie, les poussant à rentrer au Burundi.

« Les informations disponibles (…) indiquent que la plupart des plus de 300.000 réfugiés burundais rentrés au Burundi depuis 2017 », venant principalement de Tanzanie, « ont fait un choix éclairé », a toutefois assuré à l’AFP une porte-parole du HCR.

La Tanzanie est confrontée aux conséquences des coupes dans l’aide internationale, notamment des Etats-Unis.

D’autres atteintes aux droits de l’Homme y ont été dénoncées, notamment lors de la répression sanglante d’une contestation antipouvoir fin 2025 en marge d’élections. Selon l’opposition, quelque 2.000 personnes ont été tuées.

– « Tout endurer » –

Le ministre burundais de l’Intérieur, Léonidas Ndaruzaniye, cité par les médias locaux, a indiqué que l’opération concernant plus de 100.000 réfugiés prendra fin en juin 2026, avec la fermeture du camp de Nduta. Le camp de Nyarugusu sera fermé à la fin du mois, a-t-il précisé.

Un haut-cadre burundais a, sous le couvert de l’anonymat assuré que son pays était « devenu un havre de paix et de sécurité ». « Ceux qui parlent de rapatriement forcé sont des menteurs », a-t-il martelé à l’AFP, assurant que les Tanzaniens ne détruisent « que les maisons de ceux qui se sont inscrits pour le rapatriement ».

Contactées par l’AFP, les autorités tanzaniennes n’ont pas réagi dans l’immédiat.

Les polémiques au sujet des réfugiés burundais sont récurrentes en Tanzanie qui a abrité près d’un million de Burundais ayant fui la guerre civile dans leur pays (1993-2006).

En 2015, plus de 1.200 personnes, selon l’Onu, ont été tuées au Burundi lors de la contestation violemment réprimée de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat controversé.

Le successeur de M. Nkurunziza (décédé en 2020), Evariste Ndayishimiye, dirige le pays d’une main de fer.

A Nyarugusu, Jean de Dieu, militant d’opposition qui n’a pas donné son nom de famille par crainte de représailles, dit craindre pour sa vie s’il retourne au Burundi.

« Et donc nous avons décidé de rester ici », lâche cet agriculteur de 35 ans, père de trois enfants, qui malgré les violences se dit prêt à « tout endurer » pour rester en Tanzanie.

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