Le Washington Post de Jeff Bezos lance un vaste plan de licenciements

Le Washington Post de Jeff Bezos lance un vaste plan de licenciements

Crédit Photo : challenges

Le Washington Post, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a lancé ce mercredi 4 février 2026 un « douleureux » plan de licenciements au sein du journal en difficulté depuis plusieurs années, une ancienne figure de la rédaction dénonçant un jour « sombre ».

L’hémorragie qui touche un pilier du journalisme américain survient sur fond de rapprochement du fondateur d’Amazon avec Donald Trump, un président qui attaque la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir.

Le nombre total de suppression de postes n’a pas été communiqué. Selon le New York Times, environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés.

La restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque » « inclut des réductions substantielles d’effectifs » et doit « sécuriser » son avenir, a écrit le directeur exécutif du journal Matt Murray dans un courriel aux salariés partagé par une porte-parole.

Une grande partie des correspondants à l’étranger, dont l’intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient, ont été licenciés, a déclaré l’un d’eux à l’AFP. Les services des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l’infographie sont aussi particulièrement touchés voire presque intégralement supprimés.

« On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a dénoncé le Post Guild, le syndicat du journal. « Au cours des trois dernières années seulement, les effectifs du Post ont (déjà) diminué d’environ 400 personnes ».

« C’est l’un des jours les plus sombre de l’histoire » du journal, a regretté sur Facebook Martin Baron, ancien rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain.

Il dénonce sans fard les « efforts écoeurants » de Jeff Bezos « pour s’attirer les faveurs » de Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ».

Réforme en 2024

Le Washington Post, qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années.

Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s’était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession. Mais quand le milliardaire républicain avait quitté la Maison Blanche, l’intérêt des lecteurs s’était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler. Le journal perd de l’argent depuis plusieurs années, selon la presse.

A l’automne 2024, le Washington Post n’avait pas publié d’éditorial pour soutenir la démocrate Kamala Harris dans la campagne  présidentielle face à Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020.

Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang de la cérémonie d’intronisation de Donald Trump. Ses entreprises ont d’importants contrats avec l’Etat fédéral, du stockage de données à l’espace.

Selon la presse, cette décision avait fait fuir de nombreux abonnés.

« Imprimer des fausses nouvelles n’est pas un modèle économique rentable », a réagi sur X Steven Cheung, porte-parole de la Maison Blanche, qui multiplie les attaques contre la presse traditionnelle, entre restrictions d’accès, procédures en justice et discours accusateur.

Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post lancée en 2024 avec une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence.

Le reporter chargé de couvrir Amazon, comme celui qui couvrait les questions raciales, ont annoncé mercredi sur X avoir été licenciés. « Ce n’était pas une décision financière, mais bien idéologique », écrit le second, Emmanuel Felton.

Contraste saisissant, le New York Times, grand rival du Washington Post a annoncé mercredi avoir recruté en 2025 plus d’un million d’abonnés numériques, pour près de 13 millions au total, confirmant sa position dominante sur un marché américain de la presse écrite concentré sur une poignée de titres, quand les publications locales continuent de fermer.

Dernier exemple en date, le Pittsburgh Post-Gazette, vénérable institution de ce bastion industriel de Pennsylvanie, va fermer en mai.

© Agence France-Presse

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