En partance du Sénégal, les colonnes de camions-citernes roulent en direction du Mali. Malgré les embuscades du JNIM et la fermeture de plusieurs axes, le Sénégal a expédié vers le Mali pour 84,4 milliards de francs CFA de marchandises en septembre 2025, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie. Ce chiffre place Bamako au premier rang des clients du Sénégal, avec 20,1 % des parts de marché.
Les exportations ont bondi de 31,6 % par rapport à août, où elles atteignaient 64,2 milliards. Cette progression spectaculaire survient pourtant dans un contexte sécuritaire dégradé. Le Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin, principal groupe djihadiste actif au Sahel, a décrété en septembre un embargo contre plusieurs villes frontalières maliennes. Les convois subissent des attaques régulières. Les routes demeurent incertaines.
Pourtant, les flux résistent. Sur les neuf premiers mois de 2025, le cumul des exportations sénégalaises vers le Mali atteint 662 milliards de francs CFA, soit une hausse de 7,8 % par rapport à la même période en 2024. Le ciment et les produits pétroliers raffinés dominent les échanges. Le Mali absorbe près de 80 % des exportations sénégalaises de ciment dans la région. Bref, Dakar fournit les matériaux de construction et l’énergie qui font tourner l’économie malienne.
L’excédent commercial en faveur du Sénégal s’est établi à 84,3 milliards de francs CFA en septembre 2025, contre 64,1 milliards le mois précédent. Cette asymétrie traduit la dépendance structurelle du Mali vis-à-vis des approvisionnements sénégalais. Les importations sénégalaises depuis le Mali restent dérisoires : seulement 158 millions de francs CFA en septembre, soit environ 280 000 dollars. Les deux économies fonctionnent selon un modèle déséquilibré mais stable.
Cette performance commerciale s’accompagne d’un rapprochement politique entre Dakar et Bamako. Les deux capitales ont intensifié leur coopération sécuritaire en mettant en place des patrouilles conjointes à la frontière. Ces dispositifs visent à protéger les axes commerciaux et à contrer les infiltrations djihadistes. Plusieurs visites ministérielles ont scellé cette nouvelle dynamique bilatérale.
Le Mali conserve ainsi son statut de premier client africain du Sénégal. En 2024, Bamako avait absorbé 802,8 milliards de francs CFA de marchandises sénégalaises, en hausse de 8,6 % par rapport à 2023. Le pays représente 55 % des exportations sénégalaises vers l’Afrique et environ 21 % du total des ventes du Sénégal. Loin derrière, l’Italie capte 10,9 % des parts de marché et l’Espagne 10,6 %.
Les préparations pour soupes et potages, les conserves de poisson et divers biens manufacturés complètent la liste des produits acheminés vers Bamako. Enfin, cette intensité commerciale bénéficie du maintien des deux pays au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, malgré la sortie du Mali de la Cédéao le 29 janvier 2025. L’UEMOA facilite la libre circulation des marchandises et préserve les mécanismes institutionnels qui régissent les échanges.
Les tensions régionales n’ont donc pas brisé les liens économiques entre les deux nations. Le corridor sénégalais demeure vital pour l’économie malienne, enclavée et confrontée à une insécurité persistante depuis plus d’une décennie.