Le Burkina Faso a décidé de suspendre provisoirement l’exportation de tomates fraîches afin de mieux approvisionner ses unités locales de transformation. Une décision stratégique qui soulève déjà une question dans la sous-région ouest-africaine. Entre le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Togo, quel pays sera le plus impacté par cette mesure ?
Selon les informations publiées par Investir au Burkina, le Ghana est le plus grand acheteur de tomates du Burkina Faso. Il est suivi par la Côte d’Ivoire puis le Togo.
Le Burkina Faso se lance dans une transformation à grande échelle de ses tomates
Depuis quelques années, le Burkina Faso a engagé une transformation progressive de sa filière tomate. En décembre 2024, le pays a ouvert sa première usine de transformation.
L’objectif est de produire du concentré de tomate, développer l’exportation en produits transformés et, à terme, se positionner sur des produits finis comme le ketchup.
Dans la foulée, d’autres unités ont vu le jour. Les autorités du Burkina Fas veulent clairement réduire l’exportation brute au profit de la transformation locale.
Contrairement au Sénégal qui arrive à exporter sa tomate vers les pays de l’Union Européenne tels que l’Angleterre, la France ou le Pays-Bas, les pays destinataires de la tomate burkinabè sont ses pays limitrophes.
Il s’agit principalement du Ghana, de la Côte d’Ivoire, du Benin et du Togo. Selon les données du dispositif du CILSS sur le suivi des flux transfrontaliers (Bambio, 2018), le Burkina Faso exporte annuellement plus de 150 000 tonnes (50% de la production) de tomate dont 98% exportés frais, essentiellement vers les pays côtiers.
Le Ghana, plus grand importateur, a récemment suspendu l’achat de tomates auprès du Burkina Faso.
Pourquoi le Ghana a suspendu l’importation de tomates du Burkina Faso ?
Le Ghana apparaît de loin comme le pays le plus dépendant. Déjà en 2018, il importait près de 80 000 tonnes de tomates en provenance du Burkina Faso.
Une position dominante qui s’est maintenue au fil des années, portée par une demande croissante. Dans le même temps, la production burkinabè a connu une progression remarquable, passant de 16 670 tonnes en 1996 à près de 290 000 tonnes en 2014, selon une étude du ministère de l’Agriculture.
Les superficies cultivées ont également fortement augmenté, traduisant l’importance stratégique de cette filière.
L’exportation vers le Ghana repose sur un circuit bien établi.
Ce sont généralement des commerçantes ghanéennes qui se déplacent jusqu’aux zones de production au Burkina Faso pour s’approvisionner.
En raison de la barrière linguistique, elles s’appuient sur des intermédiaires pour négocier avec les producteurs. Elles assurent ensuite la logistique, notamment la fourniture des caisses et le transport des marchandises.
Mais ce commerce a récemment été fragilisé par l’insécurité.
En février dernier, une attaque terroriste dans la région de Titao a fait plusieurs blessés parmi des commerçants venus s’approvisionner.
À la suite de cet incident, le Ghana a décidé de suspendre temporairement ses importations de tomates en provenance du Burkina Faso à partir du 17 février, selon les autorités et les acteurs de la filière.
Les conséquences ne se sont pas fait attendre sur les marchés ghanéens.
À Accra, notamment au marché d’Agbogbloshie, le prix du panier de tomates a fortement augmenté en quelques jours.
La tomate étant un produit essentiel dans l’alimentation, cette hausse pèse directement sur les ménages. Selon l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, elle représente près de 40 % des dépenses horticoles des ménages ghanéens.
Ainsi, entre la suspension des exportations décidée par le Burkina Faso et les tensions sécuritaires, le Ghana apparaît comme le pays le plus exposé.
La Côte d’Ivoire et le Togo, bien que concernés, restent moins dépendants. Il est toutefois à craindre une augmentation du prix des tomates fraîches dans ces pays.
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