Eliminé en huitièmes de finale, après les poules, non qualifié : le bilan de la Tanzanie, de l’Ouganda et du Kenya à la CAN-2025 au Maroc paraît de bien mauvais augure sportivement pour les trois pays hôtes de la prochaine édition en 2027.
Terres de coureurs de fond, les futurs organisateurs, bien que passionnés de ballon rond… sur le petit écran (notamment de Premier League et surtout d’Arsenal), connaissent une réputation moins flatteuse dans les compétitions internationales de foot.
Moins bien classé des trois au classement Fifa (113e), le Kenya n’était même pas présent au Maroc. Les Harambee stars (« Etoiles unies », ndlr) ne se sont qualifiés qu’à six reprises pour une Coupe d’Afrique des nations. Ils n’ont jamais passé la phase de groupes.
Les espoirs étaient pourtant grands après la qualification de la sélection kényane pour les quarts de finale du CHAN-2025, compétition réservée aux footballeurs jouant dans leur propre championnat, ce qui exclut les meilleurs éléments évoluant à l’étranger.
La compétition, déjà coorganisée avec l’Ouganda et la Tanzanie, avait fait naître des illusions, rapidement balayées par des défaites lors des qualifications pour le Mondial-2026 contre la Gambie (3-1) et le Gabon (2-1), alors qu’aucun Kényan ne joue dans les cinq principales ligues européennes.
« Médiocrité »
« Nous sommes tellement habitués à la médiocrité que, lorsqu’on nous présente le vrai niveau, on en reste choqué », ironise Daniel Wahome, célèbre journaliste sportif kényan.
Le seul titre glané par un club kényan dans les compétitions africaines l’a été par Gor Mahia en Coupe des coupes 1987. La faute aux « magouilles » des responsables de la Fédération qui « éloignent les sponsors », accuse le commentateur sportif kényan Arnold Kanyangonda. « Le problème du Kenya, c’est l’argent, insiste-t-il. La gestion financière et la bonne gouvernance sont essentielles pour débloquer l’amélioration du sport. »
L’Ouganda a fait sur ce plan un pas en avant, affirme à l’AFP le président de la Fédération, Moses Magogo. Dans un communiqué, il dit être « personnellement intervenu » pour que soit instauré « un financement gouvernemental direct des équipes nationales » et que soit « stabilisée » la Fédération ougandaise, « ce qui a neutralisé les guerres internes » et permis le développement du sport.
L’Ouganda est désormais la 17e nation africaine, la 88e mondiale. Les « Cranes (« grues », un oiseau), finalistes de la CAN en 1978, ont dû attendre 39 ans pour participer à la suivante, en 2017. Les Ougandais étaient bien au Maroc, mais ils y ont enregistré deux défaites et un nul. Un bilan que le sélectionneur, le Belge Paul Put, impute à son « équipe très jeune » en quête « davantage d’expérience » avant la CAN-2027.
« Bond en avant »
Reste la Tanzanie (110e) qui, avec son capitaine Mbwana Ally Samatta, actuel joueur du Havre (L1) après le Fenerbahçe et Aston Villa, incarne la principale lueur d’espoir parmi les trois pays hôtes de ne pas sombrer en 2027. Les « Taifa stars » (« étoiles de la nation », en swahili) ont disputé trois des quatre dernières CAN, atteignant cette année pour la première fois de leur histoire la phase éliminatoire, battus 1-0 en huitièmes face au Maroc, futur finaliste.
Leur sélectionneur, l’Argentin Miguel Angel Gamondi, salue l’état d’esprit de ses joueurs, qui pour la plupart jouent dans le pays où « il n’y a pas de bons terrains » ni d’accent porté sur « le développement des jeunes », et où les titulaires « ne peuvent pas progresser » faute d’accès au haut niveau.
Toutefois la ligue tanzanienne se structure, et ses deux clubs les plus populaires progressent dans les joutes continentales, atteignant deux fois la finale de la Coupe des Confédérations, Young Africans en 2023 et Simba SC en 2025. « Je travaillais en Côte d’Ivoire. Il y avait beaucoup d’entraîneurs français, beaucoup d’académies là-bas. (…) Mais en Tanzanie, il n’y en a aucune », souligne Gamondi, espérant que l’encourageante performance de son équipe au Maroc servira de « prise de conscience ».
Pour le commentateur Arnold Kanyangonda, outre les stades construits pour l’occasion, la CAN-2027 va « faire progresser le niveau du jeu » dans les trois pays. « L’Afrique de l’Est a besoin d’accueillir un grand tournoi pour faire un bond en avant », dit-il. « Les retombées après la CAN (lui) donneront l’élan dont elle a besoin. »