La FAO vient de publier un rapport sur l’indice des prix des céréales à la production en 2024. Selon ce rapport, la hausse de l’IPP des céréales est restée bien en deçà de son niveau de 2020-2022, mais a connu un léger rebond en 2024, atteignant 1,8 % à l’échelle mondiale.
Cette augmentation a été principalement tirée par l’Asie (+2,5 %), tandis que des baisses ont été observées en Amérique du Nord et en Europe (−1,2 %). En Afrique, la FAO note une légère augmentation de 0,4 % en 2024.
L’Indice des Prix à la Production (IPP) permet de mesurer l’évolution des prix que les producteurs reçoivent pour leurs produits, avant qu’ils n’arrivent chez le consommateur.
Par exemple : un agriculteur vend un sac de maïs à 10 000 F CFA puis à 12 000 F CFA l’année suivante. Cela veut dire que le prix à la production augmente, donc l’IPP augmente.
À l’inverse, si un cultivateur baisse ses prix, l’IPP diminue. En résumé, l’IPP montre si les producteurs vendent plus cher ou moins cher au fil du temps.
Ce qui explique les baisses observées en Amérique du Nord et en Europe
De façon général, les baisses enregistrées en Amérique du Nord et en Europe s’expliquent par une production céréalière en recul, une réduction des semis de maïs aux États-Unis – due à des stocks importants antérieurs et à la faiblesse des prix en 2023 – ainsi que par des difficultés de production liées aux chocs climatiques dans l’Union européenne (FAO, 2024c).
Dans le détail, en Fédération de Russie, l’IPP des céréales a augmenté de près de 4 % en 2024 (contre 0,6 % en 2023), soutenu par un resserrement de l’offre intérieure suite à une baisse de 11 % de la production céréalière et par une part plus importante de la production nationale de blé destinée à l’exportation.
Par ailleurs, les baisses les plus importantes ont été enregistrées en Suède (−26 %), en Roumanie (−22 %) et en Tchéquie (−17 %).
Enfin, en Ukraine, l’IPP est passé de −11 % en 2023 à −7 % en 2024, reflétant les répercussions persistantes de la guerre, qui ont limité les capacités financières des agriculteurs et entravé la logistique, ainsi qu’une baisse de la production céréalière et une diminution des exportations de maïs et de blé.
Les pays d’Asie où l’IPP a monté ou a baissé
La plupart des pays asiatiques ont bénéficié de conditions météorologiques favorables et d’une augmentation de la production.
Malgré cela, ces pays ont connu une hausse généralisée de l’IPP, conforme à celle des années précédentes. Cette hausse s’explique par une demande croissante de céréales en 2024.
Les hausses ont été supérieures à la moyenne régionale dans les pays touchés par une forte inflation, tels que le Yémen (26 %), la Turquie (26 %), le Pakistan (18 %) et la République islamique d’Iran (18 %).
Cependant, dans ces pays, la hausse de l’IPP pour les céréales a été moins importante que celle enregistrée en 2023.
En Chine, l’IPP des céréales a légèrement baissé (−0,3 %) car les bonnes récoltes de riz, de blé et d’orge, associées à des stocks en hausse et à une faible demande intérieure, ont maintenu les prix des céréales à un niveau modéré.
En Inde, une hausse de la production de riz et les efforts visant à puiser dans les importantes réserves publiques ont favorisé une modeste augmentation des prix (3,2 %), tandis que la levée de toutes les restrictions à l’exportation a assuré une forte disponibilité des stocks exportables.
Au Bangladesh, malgré une production plus élevée soutenue par des conditions de culture favorables et des prix attractifs, la forte demande intérieure a contribué à une forte hausse des prix à la production (+18 %).
L’augmentation des importations en provenance d’Inde – facilitée par les abondants stocks exportables de ce pays – a contribué à atténuer les pressions sur l’offre, mais n’a pas suffi à contrebalancer la vigueur de la demande locale.
En Indonésie, malgré une hausse de production de 1,5 %, la forte demande et la réduction des stocks ont entraîné une augmentation de 8 % des prix à la production.
Une hausse dans certains pays d’Amérique
En Amérique du Sud, l’IPP des céréales a augmenté de 17,5 % en Argentine, un pays qui a continué à connaître une inflation élevée.
Au Pérou, des conditions météorologiques plus favorables ont favorisé une reprise de la production céréalière, entraînant une hausse de 5,6 % de l’IPP des céréales.
Au Brésil, l’augmentation de la production céréalière en 2024 – stimulée par les prix à la production élevés attendus au moment des semis et par des conditions de croissance favorables – a contribué à une hausse de 6 % de l’IPP des céréales.
Au Mexique, l’IPP des céréales a baissé de 18 % : malgré une production de maïs en baisse en raison de la sécheresse, la forte dépendance du Mexique vis-à-vis des marchés mondiaux, en tant que l’un des plus grands importateurs mondiaux de maïs, a fait que la chute brutale des prix internationaux du maïs en 2024 s’est traduite par des importations nettement moins chères, exerçant une forte pression à la baisse sur les prix à la production nationaux.
L’Afrique de l’Est et de l’Ouest compensent les baisses de production en Afrique australe et l’Afrique du Nord
En Afrique, les effets des mesures de lutte contre la déflation ont commencé à se faire sentir et l’indice des prix à la production des céréales n’a augmenté que très légèrement (0,4 %) en 2024.
Les baisses de production dues à la sécheresse en Afrique australe et en Afrique du Nord ont compensé les hausses de production en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest, laissant la production céréalière régionale totale stable par rapport à 2023.
En Égypte, des conditions météorologiques favorables et une irrigation adéquate ont amélioré la production céréalière, contribuant à une baisse de 2,4 % de l’IPP des céréales en 2024 – un contraste marqué avec la hausse de 46 % observée en 2023.
Au Ghana, l’IPP des céréales a augmenté de 8 %, ce qui est bien inférieur à la hausse de 28 % enregistrée en 2023, en consonance avec l’amélioration des conditions de production et l’atténuation des pressions sur les prix.