Guerre contre l’Iran : l’Europe soulève de lourdes craintes

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Crédits photo : BBC News Afrique

Des bateaux bloqués, des entreprises qui s’adaptent : la guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix du gaz et cela commence à se sentir en Europe, très dépendante des importations gazières et hantée par le spectre d’une crise énergétique comparable à celle de 2022.

Effets perceptibles

Dans la chimie, l’agroalimentaire ou la production de verre, la hausse des prix du gaz a « d’ores et déjà un impact » en Europe, a indiqué mercredi l’Uniden, organisation défendant les intérêts des industriels fortement consommateurs d’énergie. « En moyenne, ces industries sont exposées pour le tiers de leur consommation à cette hausse brutale ».

« Certaines productions sont donc arrêtées ou ralenties, à défaut d’équilibre économique », ajoute l’organisation dans un communiqué.

Quant au Syndicat des indépendants et des TPE (SDI), son secrétaire général Marc Sanchez a expliqué mercredi qu’un « choc de trésorerie » menace les petites structures si les factures flambent.

En Allemagne, les entreprises qui n’ont pas de contrat d’énergie de long terme sont « directement touchées par les fluctuations des prix », a détaillé Wolfgang Niedermark, de la BDI, première fédération industrielle du pays.

L’indice de référence du gaz européen a bondi de plus de 65 % depuis le début de la semaine avant de se stabiliser mercredi, après la guerre déclenchée samedi par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui paralyse le stratégique détroit d’Ormuz.

Pour l’heure, « pas de problème de sécurité d’approvisionnement, mais les prix et les conséquences restent une source de fortes inquiétudes », résume une source à la Commission européenne.

Mardi, l’indice néerlandais du gaz européen s’est brièvement affiché à plus de 65 euros le mégawattheure, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis janvier 2023.

« Dans le cadre du modèle de marché européen actuel, cette volatilité se répercute immédiatement sur les prix de l’électricité, déjà exorbitants, pour l’industrie », déplore l’organisation européenne du secteur de l’acier, Eurofer.

Situation différente de 2022

La reprise économique post-Covid en 2021, puis surtout l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, avaient déclenché une crise énergétique inédite depuis le choc pétrolier de 1973, touchant de plein fouet l’Europe, alors fortement dépendante du gaz russe acheminé par gazoduc.

La réduction des livraisons russes avait fait exploser les prix.

Quatre ans plus tard, la situation est différente.

L’Europe a depuis diversifié ses approvisionnements en se tournant massivement vers le gaz naturel liquéfié (GNL), transporté à l’état liquide par bateau. Les États-Unis et la Russie en sont ses principaux fournisseurs, tandis que le Qatar occupe la troisième place, avec 8 % des importations européennes de GNL en 2025.

« Une part bien moindre transite par le détroit d’Ormuz qu’auparavant, et la demande a également baissé de 15 à 17 % », relève la source à la Commission européenne.

Reste que la crise actuelle pourrait renchérir les coûts du remplissage des stocks gaziers pour l’hiver prochain en Europe, alors qu’ils n’étaient remplis qu’à 30 % fin février, contre 62 % fin février 2024.

Risque d’un conflit qui dure

« La question clé, c’est la durée du blocus » du détroit d’Ormuz, indique à l’AFP Laurent David, délégué général de l’Association internationale des importateurs de GNL (GIIGNL), qui couvre 95 % du marché d’importation de ce gaz.

Les exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis, qui transitent presque toutes par le détroit d’Ormuz, représentent 20 % du commerce mondial de GNL.

Même si celles-ci sont à 90 % dirigées vers l’Asie, un blocus prolongé provoquerait une compétition accrue à l’échelle mondiale pour les cargaisons disponibles.

Or, avant l’arrivée de nouvelles usines de liquéfaction de gaz attendue seulement à partir de 2027, « il n’y a pas d’alternative à court terme » pour remplacer le gaz passant par Ormuz, avertit M. David.

Quant à la Norvège, premier producteur de gaz d’Europe (hors Russie), elle exclut toute hausse de la production.

La question du gaz russe

Ces tensions surviennent à un moment délicat pour l’UE, qui prépare l’arrêt total des importations d’hydrocarbures russes à l’automne 2027 afin de priver la Russie de ressources finançant sa guerre en Ukraine.

Mais, vu de Norvège, qui n’est pas membre de l’Union européenne, la crise actuelle pourrait relancer les discussions sur cette interdiction au sein des Vingt-Sept. « Avec la situation géopolitique actuelle, il est clair que ce débat — je pense — refera surface », a dit le ministre norvégien Terje Aasland, cité par Bloomberg.

La Commission, elle, répète qu’elle maintient son calendrier et indique poursuivre ses efforts de diversification : après une visite en Algérie le mois dernier, le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen s’est rendu en Azerbaïdjan mardi.

© Agence France-Presse

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