Envol des prix du gaz et du pétrole, tensions sur les taux d’emprunt obligataires et chute des Bourses européennes : la guerre au Moyen-Orient, plus précisément en Iran, a brutalement fait réagir les marchés ce lundi 2 mars 2026, à l’exception de Wall Street.
Le conflit s’est aggravé au troisième jour de la guerre et s’est élargi à de multiples fronts avec de nouveaux raids américains et israéliens en Iran, qui continue à viser les pays du Golfe et même le territoire de l’Union européenne, à Chypre.
« Les répercussions (économiques) sont généralisées, mais les conséquences les plus marquées concernent les prix de l’énergie et le marché des obligations souveraines », commente Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
Les prix européens du gaz naturel se sont envolés après l’annonce par la compagnie énergétique publique du Qatar, QatarEnergy, de l’arrêt de sa production de GNL à la suite d’une attaque de drones iraniens, « ce qui laisse présager des perturbations, peut-être majeures, des flux énergétiques vers l’Europe », souligne Neil Wilson, analyste à Saxo Markets.
Le continent importe la majorité de son gaz et dispose actuellement de faibles réserves, en raison de la fin de l’hiver.
Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence du gaz naturel sur le Vieux Continent, s’est envolé de 39,26 % à 44,51 euros le mégawattheure (MWh), après avoir flambé de plus de 50 % en séance.
Les prix du brut ont aussi connu une forte hausse : le baril de Brent de la mer du Nord a grimpé de 7,26 % à 77,74 dollars, soit environ 15 dollars de plus qu’en début d’année.
Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, a clôturé à 71,23 dollars (+6,28 %).
« Le trafic des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, une voie navigable vitale qui achemine environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, a été pratiquement paralysé », souligne Kristian Kerr, de la maison de courtage LPL Financial.
Un général des Gardiens de la Révolution iraniens a menacé lundi de « brûler tout navire » qui tenterait de passer par ce goulet d’étranglement.
Les Bourses européennes emportées
Sur les marchés d’actions, les Bourses européennes ont terminé dans le rouge, emportées par la hausse fulgurante du prix du gaz. La Bourse de Paris a dévissé de 2,17 %, Francfort de 2,56 %, tandis que Londres a terminé en baisse de 1,20 % et Milan de 1,97 %.
« La réaction des marchés financiers à l’escalade au Proche-Orient reste globalement plutôt modérée. Au vu de la forte hausse des prix de l’énergie, les pertes boursières auraient pu être nettement plus importantes à l’échelle mondiale », juge Andreas Lipkow pour CMC Markets.
Wall Street a terminé de son côté en ordre dispersé : le Dow Jones a cédé 0,15 %, l’indice Nasdaq a pris 0,36 % et l’indice élargi S&P 500 est resté stable (+0,04 %).
Selon Angelo Kourkafas, analyste d’Edward Jones, « au cours des 15 dernières années, les investisseurs (américains, ndlr) ont été conditionnés à ne pas réagir de manière excessive à ces gros titres géopolitiques ».
« L’économie américaine dispose désormais d’un peu plus de flexibilité » par rapport aux autres pays, car les États-Unis « sont devenus un exportateur net de produits pétroliers », relève-t-il auprès de l’AFP.
Le marché de la dette en ébullition
« La flambée des prix du gaz suggère que le conflit pourrait avoir d’importantes implications macroéconomiques mondiales », note Kathleen Brooks, notamment la « menace de mettre fin à la phase de désinflation en Europe et aux États-Unis, qui avait soutenu les perspectives économiques des deux côtés de l’Atlantique ».
En conséquence, le rendement des obligations souveraines flambe lundi. Vers 21 h 40 GMT, le rendement à 10 ans des bons du Trésor américain, l’échéance la plus scrutée, bondissait à 4,03 % contre 3,94 % à la clôture vendredi, une forte variation pour ce marché.
En Europe, le rendement de l’emprunt allemand à échéance 10 ans, considéré comme la référence européenne, a atteint 2,72 % contre 2,64 % vendredi à la clôture.
Son équivalent français a grimpé jusqu’à 3,30 % contre 3,22 % vendredi, et le britannique a bondi à 4,37 % contre 4,23 % vendredi à la clôture.
Le marché obligataire est généralement considéré comme un lieu vers lequel se tournent les investisseurs en temps d’incertitude. Cette fois, c’est le dollar qui a pleinement rempli ce statut de valeur refuge.
Vers 21 h 55 GMT, il gagnait 1,03 % face à l’euro, à 1,1690 dollar.
L’or progressait, lui, de 0,83 % à 5 322,80 dollars l’once.