Grosse pression de Donald Trump au Nigeria sur les chrétiens

Crédit Photo : WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

La décision de Donald Trump de placer l’an passé le Nigeria sur une liste noire de pays en matière de liberté religieuse a suscité des discussions de haut niveau entre Abuja et Washington, sans qu’une issue claire n’apparaisse pour l’instant.

Depuis que les Etats-Unis ont catégorisé le pays le plus peuplé d’Afrique comme « particulièrement préoccupant » en matière de liberté de culte, ouvrant par là la voie à des sanctions, un « groupe de travail » entre les pays a été mis en place.Une délégation nigériane de haut rang s’est rendue aux États-Unis, puis des pourparlers se sont tenus dans la capitale nigériane en janvier. En février, la Première dame nigériane a rencontré à Washington des parlementaires.

« Nos deux pays ont accompli des progrès considérables » dans la protection des « communautés vulnérables » au Nigeria, a assuré Allison Hooker, numéro trois du département d’Etat américain impliquée dans les pourparlers, lors d’un discours.

Mais Abuja « doit faire plus pour protéger les chrétiens », a-t-elle poursuivi sans mentionner les victimes musulmanes des violences, une omission qui a mis en lumière les divergences profondes qui subsistent.

Frappes

Le Nigeria est confronté à un conflit jihadiste de longue date dans le nord-est ainsi qu’à des gangs armés qui pillent des villages et commettent des enlèvements contre rançon dans le nord-ouest.

Des acteurs politiques et des associations américaines affirment toutefois depuis plusieurs mois que les chrétiens y sont persécutés, des accusations reprises par le président américain Donald Trump malgré les démentis d’Abuja et d’experts.

Des signes laissent toutefois penser que Washington et Abuja pourraient trouver un terrain d’entente.

Le Nigeria a en effet inculpé en février neuf hommes pour un massacre ayant fait plus de 150 morts dans un village majoritairement chrétien, ouvrant la voie à de rares poursuites.

Et la présidence nigériane a évoqué la nécessité de protéger les « populations vulnérables au Nigeria, en particulier les communautés chrétiennes ».

L’Américaine Allison Hooker a elle précisé qu’une liberté de culte garantie « renforcerait » les perspectives de « commerce et d’accords économiques » entre les deux pays.

Divergences

Le président nigérian Bola Tinubu a réussi en parallèle à renforcer sa coopération militaire avec Washington.

Les États-Unis ont mené avec le soutien du Nigeria une frappe en décembre contre des cibles jihadistes dans le nord-ouest du pays. Et le Pentagone a accru son partage de renseignements, accéléré les ventes d’armes et déployé 200 soldats pour former les troupes nigérianes.

Ces ventes d’armes pourraient néanmoins être difficiles à accepter pour certains comme les séparatistes du sud-est du pays, majoritairement chrétiens, qui poussent pour que l’administration Trump maintienne sa pression.

Le président américain est également pressé d’aller plus loin par certains élus de son camp.

« Nous voulons les amener, même à contrecoeur, à protéger les communautés chrétiennes et les musulmans non radicaux », a expliqué à l’AFP l’élu républicain Chris Smith, accusant Abuja d’entretenir une « culture du déni » face à la violence endémique qui sévit dans le pays.

Avec d’autres élus conservateurs, il a récemment déposé une proposition de loi prévoyant des sanctions contre le Nigeria.

Y sont visées les « milices nomades peules », un terme vague se référant à un groupe ethnique majoritairement musulman dont nombre de membres sont eux-mêmes victimes de violences, mais aussi un ancien ministre et leader de l’opposition nigérian.

« Signal » politique

Si certains voient dans les pourparlers en cours une possible « porte de sortie » au placement sur liste noire du Nigeria, d’autres doutent que Trump ne change pas d’avis.

« Il ne s’agit pas d’une question de fait ou d’implications en matière de politique étrangère, mais plutôt de l’envoi d’un signal » politique à sa base électorale pour « montrer comment les valeurs chrétiennes façonnent les priorités de la politique étrangère » américaine, relève ainsi auprès de l’AFP Matthew Page, ancien analyste Afrique au département d’État américain.

Et même si les deux parties dialoguent, rien ne dit qu’elles soient réellement prêtes à s’écouter.

Lorsque la Première dame nigériane Remi Tinubu une pasteure chrétienne mariée au président musulman s’est rendue à Washington, l’élu républicain Chris Smith a en effet décliné son invitation à dîner, jugeant qu’il ne s’agissait que d’une « opération photo ».

© Agence France-Presse

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