En plus d’être un gros producteur de cacao, la Côte d’Ivoire entend développer pleinement son potentiel dans les secteurs du gaz et du pétrole.
La Côte d’Ivoire mise sur le pétrole et le gaz pour booster sa croissance économique d’ici 2030.
La Côte d’Ivoire est la principale locomotive de l’espace UEMOA. Le pays, qui représente déjà plus du tiers du PIB de ce bloc économique, entend renforcer sa domination avec la montée en puissance de son industrie pétro-gazière.
Longtemps rythmée par le cacao, la croissance de l’économie ivoirienne s’accélère désormais sous l’impulsion du pétrole et du gaz. Porté par de nouvelles découvertes de gisements et des investissements majeurs, le pays ouest-africain envisage en effet d’atteindre une croissance de 7,2% d’ici 2030, contre une moyenne de 6,5% entre 2021 et 2025. Selon des propos de sa ministre du Plan et du Développement Kaba Nialé relayés par Bloomberg, entre 2027 et 2028, la production pétrolière nationale est attendue à « au moins » 200 000 barils par jour (bpj) contre environ 44 000 bpj en 2024.
D’après la responsable qui s’exprimait en marge d’une conférence de la Banque africaine de développement (BAD) à Rabat, cette croissance devrait porter l’économie de la nation éburnéenne, qui contribue à 40% du produit intérieur brut de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), selon un rapport publié le 31 juillet 2025 par la Direction générale du Trésor français. Davantage connue pour sa production de cacao et son agriculture qui est l’une des plus diversifiée d’Afrique, la Côte d’Ivoire ambitionne depuis quelques années de jouer les premiers rôles sur la scène pétro-gazière du continent.
L’annonce en septembre 2021 de la découverte du champ pétro-gazier Baleine par le groupe italien Eni, à environ 70 km au large des côtes du Golfe de Guinée, a marqué le début d’un nouveau chapitre pour l’industrie ivoirienne des hydrocarbures. Avec 2,5 milliards de barils de pétrole brut et 3 300 milliards de pieds cubes de gaz naturel en réserves prouvées, Baleine figure parmi les gisements les plus prometteurs d’Afrique. Exploité en partenariat avec la société nationale Petroci, le champ a commencé à produire en août 2023, dans le cadre de la première phase du projet. La deuxième phase, elle, a été lancée fin décembre 2024.
Parallèlement à Baleine — pour lequel Eni prévoit d’investir 10 milliards USD (environ 8,6 milliards d’euros) d’ici 2027 — le groupe italien a annoncé en mars 2024 une nouvelle découverte majeure baptisée Calao, dont les ressources potentielles sont estimées à entre 1 et 1,5 milliard de barils de pétrole. Vaalco Energy a quant à lui acquis 27% d’intérêts dans le champ offshore en production Baobab, et a lancé en mars 2025 des travaux d’exploration sur le bloc offshore CI-705 situé dans le bassin de Tano. La compagnie brésilienne Petrobras a aussi reçu en juin dernier le feu vert des autorités pour se lancer dans l’exploration pétro-gazière en Côte d’Ivoire, avec pour cible 9 blocs en eaux profondes situés au large des côtes occidentales du pays.
Ces différentes évolutions s’articulent dans le cadre d’une stratégie globale visant à faire du pays un hub énergétique dans la sous-région ouest-africaine, en misant tant sur les hydrocarbures que sur le renouvelable. L’enjeu est notamment de répondre à la consommation croissante de produits pétroliers portée par le secteur des transports, tout en continuant à exporter de l’électricité vers des pays voisins comme le Ghana et le Mali grâce au développement de nouveaux barrages hydroélectriques.
Un « changement de paradigme »
Alors que la Côte d’Ivoire cible d’ici 2035 une production pétrolière de 500 000 barils par jour pour figurer dans le Top 5 africain, les autorités entendent améliorer le cadre des investissements dans le secteur pétro-gazier. La réforme du Code pétrolier en 2012 avait déjà permis d’attirer des capitaux privés dans cette industrie. Selon les données officielles, de 2011 à 2023, plus de 1 200 milliards FCFA (environ 1,8 milliard d’euros) ont été investis dans la recherche pétrolière et 4 513 milliards FCFA (environ 6,8 milliards d’euros) dans l’exploitation pétrolière.
« Il s’agit d’un changement de paradigme : l’administration n’est plus là à attendre, à poser des questions, mais à avancer avec vous dans le processus », a déclaré Patrick Achi, ministre d’État et conseiller spécial du président Alassane Ouattara, s’adressant aux acteurs du secteur privé lors d’une conférence de presse en ligne. Plus globalement, les objectifs de croissance s’inscrivent dans le cadre de l’ambition du gouvernement ivoirien, qui veut faire passer le pays au statut de revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.