Le Gabon a fixé une date pour ne plus exporter du manganèse brut. Ainsi, en 2029, les exportations de manganèse brut prendront fin. Cette décision repose sur un calcul simple : garder la valeur sur le sol gabonais plutôt que de l’expédier vers les usines asiatiques et européennes.
Notons que le pays est le deuxième producteur africain de manganèse. Les chiffres parlent d’eux-même. En 2024, il a exporté 9,4 millions de tonnes de ce minerai. Pourtant, les emplois qualifiés et les revenus fiscaux liés à sa transformation restent hors de ses frontières. Le secteur minier représente environ 6 % du PIB national. Ce chiffre cache une réalité : la richesse du sous-sol gabonais profite peu à l’économie locale.
En février 2026, lors de la 32e édition du Mining Indaba au Cap, la délégation gabonaise a porté un message sans ambiguïté. Selon Wakatsera, Libreville entend désormais conditionner sa participation aux forums internationaux à des retombées industrielles concrètes sur son territoire.
La transformation visée concerne deux produits : le ferromanganèse et le silicomanganèse. Ces alliages entrent dans la fabrication de l’acier et des batteries. Ils s’inscrivent dans les chaînes d’approvisionnement liées à la transition énergétique mondiale.
L’entreprise Nouvelle Gabon Mining (NGM) a confirmé en juin 2025 la création d’une unité de production d’alliages. Implantée dans les régions de Franceville et d’Okondja, cette unité démarrera avec une capacité de 70 000 tonnes. Ce projet démontre qu’une transformation métallurgique locale est possible, malgré des besoins énergétiques élevés.
Ce projet bénéficie du soutien de la plateforme Africa Minerals and Metals Processing (A2MP). En novembre 2025, le Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA) a injecté 300 millions de dollars dans ce dispositif. Cet apport vise à combler le déficit d’infrastructures de transformation sur le continent africain.
Les groupes historiques du secteur s’adaptent également. Eramet, via sa filiale Comilog, opère au Gabon depuis des décennies. D’après Ouestinfo, le groupe a signalé sa volonté de se conformer au nouveau dispositif réglementaire gabonais avant l’échéance de 2029.
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Le défi reste considérable. La production de ferro-alliages consomme beaucoup d’électricité. Or, le réseau énergétique gabonais souffre de lacunes persistantes. La stabilité de l’approvisionnement électrique conditionne directement la viabilité des projets de transformation.
Le calendrier est serré. Quatre ans séparent le Gabon de l’objectif fixé. Les projets en cours, les financements mobilisés et les engagements des opérateurs dessinent une trajectoire. Mais entre l’ambition affichée et la capacité industrielle déployée, l’écart reste à combler.