L’ex-patron de l’office anti-stupéfiants français jugé pour complicité de trafic de drogue : le procès du commissaire François Thierry s’est ouvert ce 2 mars en France, onze ans après la saisie, record à l’époque, de sept tonnes de cannabis en plein Paris.
Agé de 57 ans, il comparaît jusqu’au 31 mars dans ce dossier retentissant qui a mis en lumière les relations troubles entre « flics » et « indics » (policiers et informateurs) et conduit à une réforme de la lutte anti-stupéfiants en France.
L’audience a été dépaysée à Bordeaux (sud-ouest) en raison de l’implication, dans le dossier, de nombreuses figures de la chaîne judiciaire parisienne. Au total, 18 prévenus sont jugés.
« C’est un procès hors norme« , a résumé ce 2 mars 2026 Guillaume Giraud, vice-procureur. « Au-delà de traiter d’un trafic international de stupéfiants, ce sont aussi des mises en cause particulières car l’ancien chef de l’Office central pour la répression du trafic de stupéfiants (Ocrtis) est prévenu« .
Haute stature et yeux clairs, François Thierry s’est présenté à la barre en costume sombre et cravate grise.
Son informateur Sophiane Hambli, trafiquant de très grande envergure, n’est pas présent, emprisonné au Maroc où il purge une longue peine. Récidiviste, Sophiane Hambli, surnommé « La Chimère« , encourt 20 ans de prison.
Lorsque François Thierry dirigeait l’Ocrtis (2010-2016), ce flamboyant policier misait sur l’infiltration des filières grâce à cet informateur, quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire dans le cadre de « livraisons surveillées« , aux fins d’appréhender les têtes de réseau.
Pour mener l’une de ces opérations, le policier avait notamment organisé une garde à vue fictive de Sophiane Hambli en 2012. Il a été acquitté pour cela en 2024.
Au cours d’une autre, 7,1 tonnes de résine de cannabis stockées dans plusieurs fourgonnettes garées en plein Paris avaient été découvertes par les douanes, sur fond de rivalité entre services de police, le 17 octobre 2015.
La marchandise provenait d’un chargement de plus d’une douzaine de tonnes importées du Maroc via l’Espagne dans le cadre d’une livraison censée être « surveillée » par l’Ocrtis.
François Thierry, qui dirige aujourd’hui le service de la transformation numérique de la police nationale, est soupçonné d’avoir favorisé l’importation du cannabis sans avoir informé totalement l’autorité judiciaire. Il martèle, au contraire, que les magistrats étaient au courant de ses méthodes.
Cette affaire a également conduit à réformer la lutte antidrogue: une loi de 2019 est censée avoir encadré les « livraisons surveillées« , tandis que voyait le jour un nouvel office anti-stupéfiants, l’Ofast.
En 2021, elle a également inspiré le film « Enquête sur un scandale d’État » du réalisateur français Thierry de Peretti.
Avec AFP