YOP L-FRII
L'Actu

FIFA : le front anti-Infantino s’élargit, la véritable bataille se joue désormais sur le pouvoir

Par Dios M.
FIFA : le front anti-Infantino s’élargit, la véritable bataille se joue désormais sur le pouvoir
La crise qui secoue actuellement la FIFA n’est plus une simple polémique autour d’un projet commercial controversé. Elle prend désormais la forme d’une véritable crise de gouvernance. La décision de l’UEFA, de l’AFC et d......

La crise qui secoue actuellement la FIFA n’est plus une simple polémique autour d’un projet commercial controversé. Elle prend désormais la forme d’une véritable crise de gouvernance. La décision de l’UEFA, de l’AFC et de la Concacaf de prendre publiquement leurs distances avec Gianni Infantino constitue un tournant majeur.

Car lorsque trois des principales confédérations du football mondial décident de parler d’une seule voix contre le président de la FIFA, le problème dépasse largement une question de communication. C’est la confiance dans la manière dont le pouvoir est exercé qui est désormais en jeu.

Le problème n’est plus seulement le projet commercial

À l’origine de la crise se trouve le projet de cession de parts commerciales liées à la Coupe du Monde. La FIFA a tenté de minimiser la controverse en parlant notamment d’une « erreur de communication ».

Mais cette explication ne convainc manifestement plus.

L’UEFA, l’AFC et la Concacaf demandent désormais un examen indépendant destiné à déterminer comment le projet a été préparé, qui en connaissait l’existence et dans quelles conditions les discussions ont été menées.

Ce point est essentiel.

Lorsqu’une institution internationale de cette importance prépare une opération susceptible de modifier profondément son modèle économique sans que ses principales composantes aient le sentiment d’avoir été suffisamment associées, le problème devient institutionnel.

Ce n’est donc plus seulement le contenu de la décision qui est contesté. C’est la méthode.

Le mot qui fait trembler Zurich : concentration du pouvoir

La phrase la plus importante du courrier commun n’est probablement pas celle consacrée au projet commercial.

C’est celle qui concerne la concentration du pouvoir.

Depuis son arrivée à la présidence de la FIFA en 2016, Gianni Infantino a considérablement renforcé son influence sur l’organisation. Ses partisans y voient l’efficacité d’un dirigeant capable de réformer une institution longtemps marquée par les crises.

Ses adversaires y voient progressivement un problème de gouvernance.

La frontière entre leadership fort et concentration excessive du pouvoir devient alors extrêmement fine.

Or, une organisation composée de 211 fédérations nationales et de six confédérations ne peut fonctionner durablement sur la base d’une relation verticale entre un président et ses soutiens.

La FIFA est une institution collective. Si une partie importante de ses composantes estime que les décisions stratégiques sont prises dans un cercle trop restreint, la légitimité du président finit nécessairement par être fragilisée.

Le Maroc : un épisode qui laisse des traces

La réunion organisée au Maroc ajoute une dimension particulièrement sensible à cette crise.

Le fait que certains représentants élus n’auraient pas été conviés alimente les interrogations sur la manière dont les grandes décisions sont préparées.

Même si cette question peut sembler secondaire face aux enjeux financiers du dossier, elle est en réalité fondamentale.

Qui est autour de la table lorsque les grandes décisions sont préparées ?

Et surtout : qui est laissé à l’extérieur ?

Dans une organisation sportive mondiale qui revendique une gouvernance collective, la réponse à ces questions est loin d’être anodine.

Pourquoi le front commun est dangereux pour Infantino

Jusqu’à présent, Gianni Infantino pouvait compter sur une capacité politique considérable.

Son influence repose notamment sur son réseau international, sur les ressources financières importantes dont dispose la FIFA et sur sa capacité à maintenir des alliances avec de nombreuses fédérations.

Mais une chose change aujourd’hui : ses adversaires commencent à parler ensemble.

UEFA, AFC et Concacaf représentent des zones majeures du football mondial. Leur rapprochement ne signifie pas nécessairement qu’une majorité hostile à Infantino existe déjà.

Mais il démontre que le président de la FIFA ne peut plus considérer la contestation comme une simple opposition isolée.

Et c’est probablement ce qui inquiète le plus son entourage.

L’Afrique sera au cœur du rapport de force

Dans cette bataille, le rôle de la Confédération africaine de football sera particulièrement important.

L’Afrique représente 54 fédérations membres de la FIFA et constitue historiquement l’un des espaces où Infantino a construit une partie importante de son influence.

La question sera donc de savoir si la CAF choisira de maintenir son soutien au président de la FIFA ou si elle cherchera, elle aussi, à prendre ses distances.

Pour Infantino, conserver l’appui africain pourrait devenir déterminant.

Pour ses adversaires, convaincre une partie du continent africain permettrait de transformer un front de contestation en véritable mouvement politique susceptible de peser sur la prochaine élection.

Une succession déjà dans toutes les têtes

Officiellement, la bataille n’est pas encore une bataille électorale.

Dans les faits, elle commence à y ressembler.

Lorsqu’un président est publiquement contesté par plusieurs confédérations, que des fédérations nationales réclament sa démission et que des personnalités importantes du football commencent à évoquer l’après-Infantino, la question de la succession devient inévitable.

Le principal problème pour les adversaires du dirigeant italo-suisse reste cependant l’absence d’une alternative clairement identifiée et capable de réunir une majorité des 211 fédérations.

Critiquer Infantino est une chose.

Construire une coalition suffisamment puissante pour le remplacer en est une autre.

Infantino peut-il encore reprendre la main ?

Oui.

Il serait prématuré d’annoncer la fin de l’ère Infantino.

Le président de la FIFA dispose encore d’importants soutiens. Surtout, les confédérations ne forment pas automatiquement un bloc électoral homogène. Les intérêts de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique du Nord ou de l’Amérique du Sud peuvent diverger considérablement.

Infantino connaît parfaitement cette réalité.

Il pourrait donc chercher à reprendre l’initiative en ouvrant des discussions, en donnant davantage de garanties sur la gouvernance et en acceptant une forme de transparence accrue autour du projet controversé.

Un examen indépendant pourrait d’ailleurs constituer une porte de sortie honorable : plutôt que de transformer la crise en affrontement personnel, la FIFA pourrait accepter que les faits soient établis par une instance extérieure.

Le véritable enjeu : quelle FIFA après Infantino ?

C’est finalement la question centrale.

Le débat actuel ne devrait pas se résumer à « pour ou contre Infantino ».

Il doit porter sur le modèle de gouvernance de la FIFA.

La prochaine direction devra-t-elle être plus collégiale ? Les confédérations doivent-elles être davantage associées aux décisions stratégiques ? Les projets commerciaux majeurs doivent-ils être soumis à un contrôle indépendant ? Les représentants élus doivent-ils bénéficier de davantage de transparence sur les négociations sensibles ?

Ce sont ces questions qui détermineront réellement l’avenir de l’institution.

Notre analyse

Le front UEFA-AFC-Concacaf constitue sans doute le signal politique le plus sérieux envoyé à Gianni Infantino depuis le début de cette crise.

Mais il ne faut pas confondre affaiblissement politique et chute imminente.

Infantino dispose encore de leviers considérables et peut compter sur des soutiens importants. Toutefois, quelque chose s’est définitivement fissuré : la capacité du président de la FIFA à présenter les contestations comme des critiques isolées.

Désormais, plusieurs grandes confédérations parlent de gouvernance, de transparence et de concentration du pouvoir.

La bataille n’est donc plus seulement celle d’un projet commercial. Elle est devenue une bataille pour définir qui doit réellement décider de l’avenir du football mondial.

Et si cette coalition parvient à s’élargir, notamment en Afrique et en Amérique du Sud, alors la question ne sera plus de savoir si l’ère Infantino est fragilisée.

Elle sera de savoir combien de temps elle peut encore durer.

FIFAInfantino

Autres Actualités