Enrôlement forcé de Kényans dans l’armée en Russie : le chef de la diplomatie du Kenya s’envole pour Moscou

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Crédits photo : global-insight

Le chef de la diplomatie du Kenya Musalia Mudavadi s’est envolé dimanche pour la Russie, où il sera lundi et mardi 16 mars 2026 en visite officielle afin de tenter de mettre un terme à l’enrôlement forcé de Kényans dans l’armée russe, un phénomène touchant de nombreux autres pays d’Afrique.

Plusieurs médias, dont l’AFP, ont montré récemment comment des Kényans, souvent sans aucun passé militaire, se sont vu promettre depuis le Kenya des emplois civils bien rémunérés en Russie pour se retrouver, une fois sur place, forcés de signer un contrat avec l’armée russe.

Envoyés sur le front en Ukraine, souvent après une très courte formation militaire, nombre d’entre eux ont péri. Les services de renseignement kényans estiment le nombre de victimes à plus de 1 000, dans un rapport dont l’AFP a eu copie.

M. Mudavadi, qui rencontrera lundi et mardi plusieurs membres du gouvernement russe, dont son homologue Sergueï Lavrov, « intensifiera les efforts diplomatiques afin (…) d’empêcher de nouveaux problèmes liés à des recrutements trompeurs ou à de fausses promesses d’emploi », peut-on lire dans un communiqué du ministère kényan des Affaires étrangères.

« Afin de protéger les citoyens kényans affectés par le conflit en cours entre la Russie et l’Ukraine, il plaidera également pour la mise en place, à leur intention, d’une procédure sûre en vue de leur rapatriement », poursuit le texte.

L’Afrique du Sud avait obtenu fin février le rapatriement de quinze de ses ressortissants, sur 17 ayant appelé en novembre leur gouvernement à l’aide, expliquant être coincés au milieu des combats dans la région ukrainienne du Donbass, après avoir été attirés en Russie par la ruse et contraints de rejoindre des unités de mercenaires épaulant l’armée russe.

 « Chair à canon »

La découverte par des centaines de familles kényanes d’une tromperie similaire a provoqué d’importants remous au Kenya, suscitant une réaction forte du gouvernement.

Le numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères, Abraham Korir Sing’Oei, avait jugé « inacceptable » que ses ressortissants soient trompés de cette manière pour être ensuite utilisés comme « chair à canon » par l’armée russe.

« Il semble qu’il y ait un schéma consistant à attirer des gens et à les faire mourir », avait déploré M. Sing’Oei, interrogé par l’AFP, dénonçant un « programme intentionnel visant à recruter de manière illégale des personnes d’ascendance africaine ».

L’Ukraine estime que près de 1 800 Africains combattent contre elle au sein des forces russes.

Le collectif All Eyes on Wagner (AEOW) avait publié mi-février les noms de 1 417 Africains enrôlés entre janvier 2023 et septembre 2025 par Moscou dans le cadre du conflit en Ukraine, et plus de 300 y sont morts, présentant les Égyptiens, Camerounais et Ghanéens comme les principaux contingents africains sur place.

Des chiffres très vraisemblablement sous-estimés au vu de l’ampleur du phénomène au Kenya.

 Accord « ridicule »

L’Afrique, à la population très jeune et en quête de travail à l’étranger faute de perspectives dans leurs pays, est un vivier idéal pour des recruteurs peu scrupuleux souhaitant berner les candidats.

Le Kenya illustre parfaitement cette tendance. Depuis 2023, plus de 400 000 Kényans sont partis à l’étranger afin d’y briser le cycle de pauvreté et de chômage dont ils sont victimes chez eux.

Leur apport est fondamental pour l’économie kényane. En novembre, le chef de la diplomatie Musalia Mudavadi estimait leurs envois d’argent au pays à 1 000 milliards de shillings, soit 6,7 milliards d’euros, pour 2025 — un montant correspondant au tiers des rentrées fiscales de l’État kényan pour 2024/2025, estimées à 3 000 milliards de shillings.

M. Mudavadi souhaite, dans ce cadre, profiter de sa visite à Moscou pour signer également un accord de main-d’œuvre concernant les ressortissants kényans en Russie.

Une initiative qualifiée de « ridicule » et qui montre l’« insensibilité » de Nairobi au sort de ses citoyens, dénonce Ojiro Odhiambo, de l’ONG de défense des droits humains Vocal Africa, que plus de 400 familles de victimes kényanes ont contactée.

Rares sont celles à avoir encore un contact avec leurs proches s’étant retrouvés malgré eux sous l’uniforme russe. La plupart de ces hommes sont présumés morts ou disparus.

Conclure dans ces conditions un « accord de main-d’œuvre signifie tout simplement que davantage de jeunes hommes vont être attirés pour rejoindre l’armée russe », peste-t-il, ce qui revient selon lui à « soutenir la Russie dans cette guerre ».

© Agence France-Presse

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