Les 24 jeunes filles victimes d’enlèvement dans l’État de Kebbi au Nigeria ont retrouvé leurs familles ce mardi 25 novembre 2025. L’armée nigériane a mené l’opération qui a permis leur libération après huit jours de captivité. Un dénouement qui soulage les autorités locales et le gouvernement fédéral.
Les faits remontent à la nuit du 17 novembre dernier. Des hommes armés avaient pris d’assaut la Government Girls Comprehensive Secondary School de Maga, située dans le district de Danko. L’attaque s’était produite peu avant l’aube, vers quatre heures du matin. Le directeur adjoint de l’établissement, Hassan Makuku, avait été tué lors de l’assaut. Un agent de sécurité avait été blessé par balles. Vingt-cinq élèves avaient été emmenées de force dans la brousse environnante. Une jeune fille avait réussi à s’échapper dès les premières heures en se débattant alors qu’on la traînait vers les véhicules des ravisseurs.
Le président Bola Tinubu a salué le travail des forces de sécurité. Dans un communiqué diffusé mardi, il a déclaré : « Je suis soulagé que les 24 jeunes filles aient toutes été retrouvées. Il est désormais urgent de renforcer la présence des forces de l’ordre dans les zones vulnérables afin de prévenir de nouveaux enlèvements. Mon gouvernement apportera toute l’aide nécessaire pour y parvenir. »
L’État de Kebbi subit régulièrement ce type d’attaques depuis plusieurs années. En 2021 déjà, plus d’une centaine d’élèves et plusieurs membres du personnel du Federal Government College de Yauri avaient été kidnappés. Leur libération s’était étalée sur deux ans. Certaines jeunes filles avaient été mariées de force et étaient revenues avec des enfants. Enfin, des histoires qui illustrent la violence du phénomène dans cette région coincée entre la frontière nigérienne au nord et la forêt de Zamfara à l’est.
Ces gangs armés opèrent depuis des campements installés dans la forêt de Zamfara, vaste massif forestier qui s’étend sur plusieurs États du nord-ouest. Cette zone leur offre une base arrière idéale pour échapper aux forces militaires et lancer des raids contre les villages et les établissements scolaires. Les autorités les désignent sous le terme de « bandits », bien que leur niveau d’organisation et d’armement dépasse largement celui de simples criminels opportunistes. Selon un rapport des services de renseignement consulté par l’AFP, l’État de Kebbi a connu un pic de criminalité en novembre, notamment en matière d’enlèvements.
L’enlèvement de Maga s’inscrivait dans une série d’attaques simultanées qui ont frappé plusieurs États du pays mi-novembre. Dans l’État de Kwara, des hommes armés avaient pris d’assaut une église baptiste, enlevant 38 fidèles. Ces derniers ont également été libérés quelques jours plus tard. Dans l’État du Niger, au centre du pays, plus de 300 personnes avaient été kidnappées lors d’un raid contre des écoles catholiques. Une cinquantaine d’entre elles ont réussi à s’échapper selon l’Association Chrétienne du Nigeria.
Les enlèvements contre rançon sont devenus monnaie courante dans le nord et le centre du Nigeria. Ce qui était à l’origine des conflits liés à l’exploitation des terres et des points d’eau entre éleveurs et agriculteurs s’est transformé en activité criminelle organisée. Les gangs contrôlent désormais des portions entières de territoire rural où la présence de l’État reste faible. Les écoles constituent des cibles privilégiées en raison du nombre potentiel d’otages et de la pression qu’exercent ces enlèvements sur les autorités.
Le Nigeria n’a jamais vraiment tourné la page depuis l’enlèvement de Chibok en 2014. Cette année-là, le groupe djihadiste Boko Haram avait kidnappé près de 300 lycéennes dans l’État de Borno, au nord-est du pays. L’événement avait provoqué une mobilisation internationale symbolisée par le mouvement « Bring back our girls ». Une centaine de ces jeunes filles restent portées disparues à ce jour. Bref, le traumatisme perdure.
Le gouvernement Tinubu a promis de renforcer le dispositif sécuritaire dans les zones à risque. Le vice-président Kashim Shettima s’est rendu à Kebbi mercredi dernier pour évaluer la situation sur place. Les autorités ont également ordonné la fermeture temporaire de 47 internats publics à travers le pays. Une mesure d’urgence qui témoigne de l’ampleur du problème, même si elle prive des milliers d’enfants d’accès à l’éducation dans des régions déjà fragiles économiquement.