En annonçant une augmentation à venir du nombre de ses têtes nucléaires, la France participe à la course aux armements, même si elle s’en défend, estime le dirigeant pour la France de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN).
Dans le discours nucléaire de son second mandat, Emmanuel Macron a notamment annoncé une prochaine hausse du nombre de têtes nucléaires et que la France ne communiquerait plus d’estimation chiffrée de leur quantité.
« Il annonce une augmentation de l’arsenal nucléaire français et un arrêt de la transparence. C’était quand même deux éléments qui allaient dans le sens du traité de non prolifération (TNP, la pierre angulaire de la maîtrise internationale des armements, ndlr). En annonçant une augmentation de l’arsenal nucléaire français, même s’il le nie, il fait participer la France à la course aux arsenaux que se livrent aujourd’hui tous les États dotés de l’arme nucléaire », a déclaré à l’AFP Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN France, une coalition d’ONG.
Déplorant la fin du concept antérieur de « stricte suffisance », qui encadrait les évolutions quantitatives de l’arsenal français, il anticipe une augmentation « importante ».
Le directeur pour la France de l’ICAN, organisation récompensée du Nobel de la paix en 2017, envisage « une augmentation d’entre 50 et 100 têtes nucléaires d’ici une dizaine d’années », contre une estimation actuelle inférieure à 300.
Ces têtes supplémentaires pourront servir « à augmenter le nombre d’ogives dans les sous-marins lanceurs d’engins ou à doter les forces aériennes stratégiques de plus d’escadrons », estime M. Collin.
La décision française « va contre l’esprit du TNP », juge-t-il. « Les obligations des Etats est d’arriver au désarmement nucléaire complet, l’esprit de cet objectif est dévoyé », selon lui.
Emmanuel Macron a livré lundi sur la base navale de l’Ile longue le discours nucléaire de son second mandat, avec d’importantes annonces pour tenir compte de la dégradation générale du contexte international et de l’accroissement du risque de conflits.
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