Développement en Afrique : la BAD veut passer de la dépendance à l’aide à l’économie d’investissement

La vice-présidente principale du Groupe de la Banque salue le lancement de la HRI Roadmap à Brazzaville.

Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et le Forum économique mondial (FEM) ont lancé, mercredi 27 mai 2026, la Feuille de route pour l’investissement humanitaire et la résilience en Afrique afin de canaliser les investissements privés vers les économies africaines les plus fragiles.

La « Humanitarian and Resilience Investing (HRI) Roadmap for Africa » définit une approche coordonnée et pilotée par les pays pour mobiliser des capitaux commerciaux et catalytiques sur les marchés frontières et dans les États en transition mal desservis, régions où le déficit d’investissement est le plus criant et où les conditions propices à l’investissement privé ont historiquement été les plus faibles.

L’élaboration de cette feuille de route répond à un paradoxe structurel au cœur du défi du financement en Afrique : le continent est confronté à un déficit annuel de financement d’environ 400 milliards de dollars pour son développement. Alors que l’Afrique compte 17 % de la population mondiale, elle n’attire que 3,5 % des investissements directs étrangers mondiaux et moins de 2 % du capital-risque mondial. L’évolution de la dynamique géopolitique et la contraction de l’aide publique au développement ont encore accentué l’urgence de la situation. Des projets pilotes sont déjà en cours au Liberia, en Somalie, au Mozambique et à Djibouti.

Dans son discours liminaire, Marie-Laure Akin-Olugbade, vice-présidente principale du Groupe de la Banque africaine de développement, s’exprimant au nom du président Sidi Ould Tah, a souligné l’urgence de la situation. « Le moment est venu d’opérer un changement de paradigme en passant d’une dépendance à l’aide à un développement tiré par l’investissement. La HRI Roadmap pose les bases de ce changement. Elle clarifie les rôles. Elle définit l’ordre des interventions. Elle replace la finance publique et la finance du développement à la place qui leur revient : celle de catalyseur, et non de substitut. »

Selon Sheba Crocker, directrice générale du Forum économique mondial, « les communautés les plus vulnérables du monde méritent plus qu’une simple aide d’urgence : elles méritent des investissements dans les entreprises et les économies qui leur permettront de prospérer selon leurs propres modalités. S’appuyant sur l’initiative mondiale HRI et soutenue par plus de 100 partenaires, cette feuille de route reflète notre détermination à dépasser la fragmentation et à adopter les approches coordonnées et axées sur l’investissement dont les marchés émergents africains ont un besoin urgent. »

Abdul Kamara, vice-président par intérim du Groupe de la Banque chargé du Développement régional, de l’Intégration et de la Prestation de services, a animé ensuite une table ronde sur le thème suivant : « Catalyser les investissements dans les marchés frontières africains ». Parmi les intervenants figuraient Mme Crocker ; Bihi Iman Egeh, ministre des Finances de la Somalie ; Chris Bold, directeur du département des institutions financières internationales au sein du Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni (Foreign, Commonwealth and Development Office, FCDO) ; et Sara Mbago-Bhunu, directrice de la division Afrique de l’Est et Afrique australe du Fonds international de développement agricole (FIDA).

Abdul Kamara, vice-président par intérim du Groupe de la Banque, pose avec les membres d’un panel qui a examiné les moyens de catalyser les investissements sur les marchés émergents en Afrique.

Le ministre Egeh a souligné que si la capacité entrepreneuriale nationale reste solide, les principaux obstacles au développement économique de la Somalie résident dans les lacunes institutionnelles en matière de « derisking » et dans l’exclusion du système de correspondance bancaire.

En s’appuyant sur des exemples tirés du travail du FIDA auprès des petits exploitants agricoles, notamment un programme de bons numériques mis en place avec des banques commerciales kényanes, Mme Mbago-Bhunu a démontré que la mise en œuvre en milieu rural et périurbain nécessiterait des outils financiers, numériques et d’infrastructure intégrés, et non des interventions isolées.

Pour sa part, M. Bold a expliqué que le FCDO orientait ses institutions de financement du développement vers les États fragiles qui dépendent de capitaux concessionnels.

Il a cité le système de paiement mobile M-Pesa au Kenya comme une preuve selon laquelle la création de nouveaux marchés dépend autant des réformes réglementaires que de l’apport de capitaux.

M. Bumi Camara, économiste en chef chargé de la fragilité et de la résilience à la Banque africaine de développement, a présenté la feuille de route.

La feuille de route, qui intègre la résilience climatique et l’inclusivité de genre comme piliers fondamentaux, s’aligne sur la boussole stratégique des Quatre Points cardinaux du Groupe de la Banque africaine de développement ainsi que sur la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), approuvée dans le cadre du Consensus d’Abidjan en avril 2026.

Elle s’aligne également sur l’initiative AFAWA (« Affirmative Finance Action for Women in Africa ») du Groupe de la Banque, qui a décaissé à ce jour 1,33 milliard de dollars en faveur d’entreprises détenues ou dirigées par des femmes dans 45 pays du continent.

À propos du Forum économique mondial : Le Forum économique mondial est la principale plateforme internationale pour les partenariats public-privé. Il rassemble des dirigeants du monde des affaires, des pouvoirs publics, du monde universitaire et de la société civile afin de promouvoir le dialogue sur les enjeux mondiaux, régionaux et sectoriels. (www.weforum.org).

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