Deux ans après le coup d’État, ce pays d’Afrique mobilise plus de 100 milliards pour protéger ses forêts

‎Le Gabon

Crédit Photo : Depositphotos

Le Gabon vient de conclure un accord inédit pour la préservation de 34 000 kilomètres carrés de forêts tropicales. L’annonce a été faite le 18 novembre dernier à Belém, au Brésil, où se tenait la COP30. Le montage financier atteint 180 millions de dollars américains, soit environ 100 milliards de francs CFA. Un programme sur dix ans.

Le dispositif baptisé « Gabon Infini » combine des apports extérieurs et domestiques. Les bailleurs internationaux, notamment le Fonds pour l’environnement mondial et le Bezos Earth Fund, apportent 94 millions de dollars. L’État gabonais, de son côté, engage 86 millions sur la décennie. Ce montage repose sur le modèle Project Finance for Permanence. Autrement dit, les fonds ne sont débloqués qu’après validation de réformes environnementales concrètes par le gouvernement.

Le pays couvre près de 90 % de son territoire par la forêt. Bref, une rareté à l’échelle mondiale. Ces massifs abritent plus de la moitié des éléphants de forêt africains encore vivants ainsi qu’un quart des gorilles des plaines occidentales. L’objectif affiché consiste à porter la surface forestière protégée de 15 à 30 %. Le programme prévoit également la création de nouveaux parcs nationaux et le renforcement des mesures anti-braconnage.

Ryan Demmy Bidwell, de l’ONG The Nature Conservancy qui collabore avec Libreville, explique que « le Gabon servira de modèle pour d’autres pays du bassin du Congo et du reste de l’Afrique ». L’organisation a signé avec le gouvernement une lettre d’intention qui officialise le partenariat. Le ministre gabonais des Eaux et Forêts Maurice Ntossui Allogo a assisté à la cérémonie. Il a été depuis remplacé dans ses fonctions, mais le dossier continue son cours.

Ce mécanisme s’inscrit dans une série d’opérations financières innovantes. En 2023, juste avant le putsch militaire d’août qui a renversé Ali Bongo, le pays avait déjà finalisé un « debt-for-nature swap » portant sur 500 millions de dollars. Cette conversion de dette visait la protection des zones côtières. Le refinancement obligataire avait permis de dégager des fonds pour la conservation marine, un volet souvent négligé dans les politiques environnementales africaines.

Le timing interpelle. Le Gabon traverse une période économique délicate depuis la prise de pouvoir par le général Brice Oligui Nguema. Le projet de budget 2026 prévoit presque un doublement des dépenses publiques. Les agences de notation s’inquiètent d’un ratio dette sur PIB qui pourrait grimper à 90 %, contre 73 % fin 2024. Dans ce contexte, mobiliser 86 millions de dollars publics pour la conservation forestière représente un pari sur l’avenir.

Le bassin du Congo absorbe environ 600 millions de tonnes de CO2 chaque année. Pourtant, cette région reçoit beaucoup moins de financements que l’Amazonie ou l’Asie du Sud-Est. Entre 2008 et 2022, selon les données disponibles, seulement 3,2 milliards de dollars ont été alloués au bassin congolais, contre 9,3 milliards pour la forêt amazonienne. L’accord Gabon Infini pourrait redistribuer les cartes.

Le programme comprend aussi un volet écotourisme et des investissements dans les communautés locales. Des forêts communautaires seront développées pour améliorer les revenus des populations rurales. L’Agence Nationale des Parcs Nationaux verra ses capacités de surveillance renforcées, avec des moyens aériens et terrestres accrus. Enfin, un fonds de dotation garantira la pérennité financière au-delà des dix années prévues.

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