Courant ce mois de mars à Yaoundé au Cameroun, la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, a signé deux mémorandums d’entente avec des groupes privés pour la transformation des déchets en électricité.
Les entreprises Thermosun Cameroun et Blue Energy Holding ont annoncé un potentiel d’investissement cumulé de 856,8 milliards de francs CFA. L’objectif est de construire des unités de valorisation énergétique des déchets à Douala et à Yaoundé.
Ces accords font suite aux états généraux sur la gestion des déchets urbains tenus en mai 2025. À cette occasion, le ministère avait qualifié la situation d’insalubrité de « préoccupante » dans les deux métropoles. Douala produit à elle seule environ 2 700 tonnes de déchets par jour. Les infrastructures existantes peinent à absorber ces volumes.
Thermosun Cameroun porte le premier projet, estimé à 276,8 milliards de francs CFA. L’entreprise prévoit deux unités industrielles capables de traiter environ 833 tonnes de déchets quotidiennement. Les installations convertiraient ces déchets en biogaz, électricité, hydrogène et compost. La technologie retenue est celle développée par Smargine Engineering.
Blue Energy Holding annonce un projet plus étendu, chiffré à 580 milliards de francs CFA. Ses promoteurs avancent une capacité de traitement pouvant atteindre 3 000 tonnes par jour. La production annuelle d’électricité projetée serait de 912 GWh. Le groupe prévoit également 600 bus écologiques, 1 000 camions au biogaz et la création de plus de 15 000 emplois directs et indirects. Selon ses termes, 30 % du financement, soit 174 milliards de francs CFA, devraient provenir d’une contribution de l’État camerounais.
Toutefois, ni le calendrier d’exécution ni la structuration financière détaillée n’ont été rendus publics pour l’un ou l’autre projet.
Le contexte financier du secteur éclaire la prudence qui s’impose. Selon Investir au Cameroun, la taxe sur les ordures a généré 60,6 milliards de francs CFA entre 2020 et 2022, soit environ 20 milliards par an pour les deux villes réunies. La Banque mondiale estimait qu’il faudrait au minimum 15 milliards de francs CFA annuels pour Yaoundé seule afin d’assurer correctement la collecte.
En janvier 2026, Hysacam avait mobilisé des moyens d’urgence pour désengorger les décharges de Nkolfoulou à Yaoundé et de PK10 à Douala. Ces deux sites atteignaient leurs limites de saturation. Ce contexte rappelle que la valorisation énergétique suppose d’abord de résoudre les problèmes logistiques de collecte et de transport.
Entre la signature d’un protocole et la mise en service d’une unité industrielle, les conditions à réunir restent nombreuses : financement sécurisé, technologie éprouvée à grande échelle et coordination avec les opérateurs existants. Les 856,8 milliards annoncés représentent pour l’heure un engagement de principe. Le Cameroun parie sur sa capacité à transformer une contrainte urbaine persistante en filière économique viable.
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